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1939-1945

Durant la dernière guerre, Quierzy connaît les importants combats de mai-juin 1940, une résistance particulièrement active avant d'être libéré début septembre 1944.

 

La "drôle de guerre" | L'exode | Combats sur l'Ailette | L'occupation | La Résistance | La Libération | Carte

 

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La "drôle de guerre"

Jeudi 24 août 1939, en plein été, les réservistes sont à nouveau rappelés du fait de la situation en Pologne. Mais cette fois aucune négociation n'aboutit. Une semaine plus tard, les affiches décrétant la mobilisation générale pour le samedi 2 septembre 1939 sont placardées.

Alors que les hommes rejoignent leur unité, on apprend que les troupes allemandes sont entrées en Pologne. Dimanche 3 septembre, la guerre est déclarée.

Quierzy fait partie de la 2e Région Militaire (Q.G. Amiens), Groupe de Subdivisions de Laon. Les principales unités stationnées en temps de paix dans la région sont le 51e Régiment d'Infanterie (Amiens, Beauvais), le 67e Régiment d'Infanterie (Compiègne, Soissons), le 91e Régiment d'Infanterie (Mézières), le 1er Régiment d'Artillerie (Laon), le 301e puis 42e Régiment d'Artillerie Portée (La Fère), le 4e Régiment de Spahis Marocains (Senlis), le 6e Régiment de Spahis Algériens (Compiègne), le 22e Escadron d'Automitrailleuses de Cavalerie (Compiègne), la 2e Compagnie Mixte du Train des Équipages (Amiens, Camp de Sissonne) et le 1er Régiment d'Aérostation (Compiègne).

Une fois sur le pied de guerre, presque toute l'Armée Française va prendre rapidement position le long des frontières nord et nord-est. Dans le nord de l'Aisne, c'est la 9e Armée (Gal Corap) qui s'installe sur l'axe naturel vers Paris que forme la vallée de l'Oise.

A l'automne, la 15e Division d'Infanterie Motorisée du Gal Juin (futur Maréchal), dont le PC est à Chauny, vient cantonner dans la région. Le village accueille des Sapeurs-Mineurs du Génie. Même si la Pologne a été écrasée en quelques semaines, chacun espère encore ; Hitler n'attaquera pas la France, et puis il y a la Ligne Maginot, et qui pourrait douter de la préparation de notre Armée à la vue de ses unités modernes dont l'équipement s'améliore chaque jour.

Chaque semaine des manœuvres sont organisées. Quelques permissions agricoles sont accordées et l'hiver passe ainsi.

En mars 1940, sur l'initiative d'Anne Morgan (v. chapitre sur 14-18) un centre de récréation pour soldats a été ouvert à Autreville " un antidote contre l'ennui et le découragement."



L'exode

Situation au 10 mai 1940Vendredi 10 mai 1940, brutalement, les allemands attaquent la Belgique et les Pays-Bas.

La surprise est totale, nombre de permissions ont été accordées pour la Pentecôte.

La 9e Armée avance en Belgique, la 15e DIM rejoint la 1e Armée vers Cambrai et contre-attaque victorieusement vers Gembloux en Belgique.

On ne sait rien des opérations militaires mais dans le même temps, les blindés allemands de Guderian ont traversé les Ardennes jugés infranchissables et percé le front de la 2e Armée française à Sedan le 14 mai. Deux jours plus tard, ils sont dans le nord-est de l'Aisne atteignant Montcornet, Vervins et Hirson disloquant la 9e Armée. La 6e Armée, en réserve vers Dijon, arrive dans la région de Laon, puis va s'établir plus à l'est lorsque la 7e Armée (Gal Frère) redescendue des Pays-Bas arrive en renfort sur l'Oise.

Jeudi 16 mai, les combats semblent tout proches ; dans la nuit un avion français est tombé près de l'Oise vers le château - son pilote est indemne. Dans la matinée quelques militaires et des réfugiés traversent le village. La rumeur grandit : les allemands sont à Laon ! Il n'en faut pas plus. Les destructions de la Grande Guerre et l'occupation allemande sont dans tous les esprits. Avant midi, les ouvriers sont rentrés des champs, les charrettes et les autos chargées, les maisons fermées à la hâte. Une véritable caravane prend la route, quelques animaux suivront les autres resteront sur place. Les habitants qui n'ont ni auto ni charrette suivent à pied ou prennent le train ; il n'y a aucune gare disponible avant Creil !

Situation au 16 mai 1940Direction la Mayenne. Le plan d'évacuation de 1935 révisé en 1938 prévoit en effet que le département d'accueil pour la population de l'Aisne est la Mayenne, soit plus de 350 kilomètres à parcourir à travers l'Oise, l'Eure et l'Orne en évitant les villes importantes et les grandes routes. Quinze jours de voyage en perspective.

Départ le 16 mai en direction de Compiègne contourné par le nord puis entre Clermont et Creil, traversée de la Seine entre Vernon et Mantes, poursuite entre Vernon et Dreux, puis entre Alençon et le Mans, ... au  rythme d'une trentaine de kilomètres par jour. La Dépêche de l'Aisne, imprimée à Laval, publie à la mi-juin une liste indiquant la commune accueillant les services publics de chaque commune évacuée ; la Mairie de Quierzy est évacuée à Bouessay (sud-est de la Mayenne).

S'il faut 4 jours en train, la "caravane de Quierzy" mettra plus de 3 semaines pour parvenir dans la Mayenne dans la panique que l'on sait, certaines étapes se font de nuit pour éviter les bombardements, ... à peine moins que les allemands.

 


 
87e Division d'Infanterie d'Afrique

Combats sur l'Ailette

Tirailleur du 18e RTA, 87e DIASituation au 21 mai 1940Tandis que la population toute entière s'enfuit sur les routes de France, d'importants combats se préparent dans la région de Quierzy. Le village se trouve en effet au centre du front qu'établit hâtivement Weygand, avec les troupes qu'il lui reste, sur la Somme, le canal Crozat, l'Ailette et l'Aisne.

Dans un premier temps, à la mi-mai, les panzers allemands (Guderian) ont progressé au nord du Département, par Montcornet et Vervins, à travers les arrières de la 9e Armée française, non pas en direction de Paris comme en 1914, mais vers l'ouest et la Manche afin d'enfermer les armées alliées au nord.
Malgré la contre-attaque de la 4e Division Cuirassée du Colonel de Gaulle le 17 mai vers Montcornet, l'ennemi atteint Marle et St-Quentin le 18.
Dimanche 19 mai, Weygand succède à Gamelin à la tête des armées françaises afin d'organiser la contre offensive, les allemands sont à Péronne, Amiens, Abbeville. Les blindés de Guderian atteignent la mer le lendemain et poursuivent les jours suivants en direction de Boulogne, Calais, Dunkerque ; les armées françaises sont définitivement coupées en deux.

Afin de protéger l'avance des panzers vers Amiens, le XVIII.ArmeeKorps (12.Armee, Heeresgruppe A), et ses chasseurs de montagne de la 1.Gebirgsjäger-Division (Gebirgsjäger-Regiment 98 et Gebirgsjäger-Regiment 99) arrive sur l'Ailette par Hirson, Marle, Crécy-sur-Serre. Contrairement à une idée reçue, le gros des troupes allemandes est peu mécanisé et progresse à pied jusqu'à l'Ailette pour y mener des combats d'infanterie classiques, sans l'intervention des chars.

L'avance allemande jusqu'à l'Aisne 
L'avance de la 12. Armee allemande jusqu'à l'Aisne et l'Oise
Le XVIII.ArmeeKorps parcourt environ 400 km jusqu'à l'Ailette en 10 jours.

En face, barrant la route de Paris, quelques unités en retraite tentent tout d'abord de se regrouper derrière les canaux, puis de nouvelles unités forment un front, la "Ligne Weygand",tandis que depuis les observatoirs d'artillerie de la première guerre mondiale sur les hauteurs du Chemin des Dames, l'artillerie française malmène les allemands. Au centre de ce front, entre la Somme et l'Aisne, devant Quierzy, la 7e Armée du Gal Frère revient des Pays-Bas et reçoit des renforts ;
La 29e puis la 23e Division d'Infanterie (en réserve du GQG), alertée le 17 mai, arrive de la région de Chaumont (Haute Marne) et s'installe le 18 derrière le Canal de St-Quentin entre Saint Simon et Tergnier et derrière le canal de l'Ailette entre l'Oise et le Bac d'Arblincourt.
Sur les lieux même des combats acharnés de 1918, fidèle à ses conceptions datant de la Grande Guerre, le commandement français aligne dans ce secteur hautement stratégique, où l'Ailette barre la route de Paris, ses fidèles troupes d'Afrique. La 87e Division d'Infanterie d'Afrique (en réserve du Groupe d'Armées 2), arrivée de Dieuze (Moselle) dans la région de Pierrefonds le 17, fait mouvement le 18 vers l'Ailette, et s'établie du pont sud du Bac d'Arblincourt au pont de Courson (PC à Pierrefonds).
A sa droite, la 28e DI prend position avant que la 7e DI vienne s'insérer.

Il n'y a plus à ce moment d'unité en ordre devant elles, seule la 3e DLC résiste devant LAON. Leur mission sur l'Ailette : "Tenir sans esprit de recul". Le secteur devant Quierzy passe à la 6e Armée du Gal Touchon.

La 23e DI est originaire du sud de la Loire et composée des 32e RI (Tours, Chatellereault), 107e RI (Angoulême, Limoges), 126e RI (Brive), 41e RA ... Elle débarque à Chauny à partir du 18 mai. Le 126e prend position entre Jussy et l’écluse de Mennessis, le 32e entre Mennessis et Viry-Noureuil en liaison à droite avec le CID 15 (Centre d'Instruction Divisionnaire de la 15e DIM) (27e RI 15e DIM...), plus tard la 29e DI CID 15 et des éléments du dépot 92 bis qui tiennent sommairement les autres têtes de ponts puis 107e RI ?

La 87e DIA est originaire d'Algérie, et composée des 17e et 18e Régiment de Tirailleurs Algériens essentiellement constitués de réservistes et du 9e Zouaves, régiment d'active d'Alger. Elle rejoint l'Ailette le 18 mai ; durant le trajet depuis Attichy, les colonnes des Zouaves sont continuellement survolées et plusieurs fois bombardées par l'aviation ennemie sur les routes encombrées de soldats de la 9e Armée en déroute et de réfugiés. Les autres régiments de la Division et l'artillerie (87e et 287e RA) sont retardés par les bombardements aériens et subissent des pertes en route.

Le "9 Z", dont l'effectif est incomplet (des permissionnaires n'ont pas pu rejoindre l'unité), prend possession des ponts entre Champs et Courson (ce dernier est tenue à partir du 19 mai par le 7e BCA de la 28e Division qui s'installe à droite de la 87e). Le Régiment y construit dès le 19 des barricades anti-char et établit de solides points d'appui, réutilisant parfois des abris de 14-18. La défense des villages et les forêts, obstacles naturels à la progression des chars, est pareillement minutieusement organisée jusqu'à Vézaponin et Epagny en arrière du front.

Les Tirailleurs prennent pareillement position dans la nuit du 18 au 19 ; le 17e (moins un bataillon placé en réserve de Division) à droite des Zouaves et le 18e à gauche des Zouaves relève le Groupe de Reconnaissance de la Division (GRD 87). Canon de 155 CL'artillerie s'installe à l'arrière ; les 75 du 87e RA en "appui direct" des 3 régiments d'infanterie, les 155 C du 287e RAL en soutien, plus un groupe de 155 GPF aux lisières de la Forêt de Laigle.

Quierzy n'est pas mentionné dans les archives de la 87e DIA, mais le dépôt d'obus de 155 dans un bois à proximité du village, dont nous reparlerons plus tard, correspondrait au 287e RAL (Régiment d'Artillerie Lourde).

Manicamp, sous-secteur du 18e RTA, est organisé défensivement. Dans la rue principale, une arme collective (canon d'infanterie ou fusil-mitrailleur) est installée dans une maison, dont un mur est en partie démonté pour permettre le tir en direction de l'Oise et du canal. Un élément du socle sera retrouvée par le propriétaire des lieux à son retour d'exode.

Il n'y a pas de trace à Quierzy, plus en arrière du front, de l'organisation de telles défenses. La défense de l'Oise depuis la rive sud, alors que la poussée allemande orientées plein sud en direction de l'Aisne et Soissons, présente le risque pour les défenseurs de se retouver coincés le long de la rivière et son canal.

"Qu'ils viennent ... ils seront reçus !". En 14 et en 18, l'armée française s'est rétablie sur la Marne, cette fois ce sera sur l'Ailette. Le ravitaillement, amélioré du vin trouvé sur place, est abondant. Malgré les plaintes des bêtes mourant de faim et de soif se mêlent aux échos des combats qui se rapprochent, le moral est bon.

Le PC de la Division s'installe à Morsain le 20 puis à Vassens le lendemain tandis que le secteur de division s'étend vers l'Oise.

Face à la 87e, les chasseurs de montagne de la 1.Geb.Div. (désormais rattachée au XXXXIV ArmeeKorps, 6.Armee, Heeresgruppe B) arrivent également sur l'Ailette le 19 et sont en défense le long de la rivière avec en avant des positions entre Marizelle et Landricourt (Coucy-le-Ch.) protégeant ainsi l'avance des panzers vers Amiens.

Premier contact avec l'ennemi le 21 à l'aube, le Groupe de Reconnaissance de la Division (GRD 87) qui passe le canal pour aller faire sauter un dépôt d'essence vers Barisis dans la Forêt de Coucy se heurte à une forte colonne motorisée vers Coucy-le-Château. Tout au long de la journée, l'ennemi tente de franchir les ponts, il est systématiquement repoussé, chars y compris. Malgré les bombardements d'artillerie et le manque de matériel de destruction, nos pionniers commencent à faire sauter les ponts.

Jeudi 23 Mai 1940
S P 14954
"ça va pas plus mal, nous sommes toujours dans notre souterrain, mais il faut prendre patience en espérant que nos miséres s'arrêteront vite. Il fait toujours trés beau et on casse toujours bien la croûte arrosée de bonnes bouteilles trouvées dans les maisons éventrées,on se demande comment elles ont pu résister aux bombes? Tu ne peux pas te rendre compte du nombre d'animaux qui trainent, vaches, cochons, chevaux, moutons tout ce que ces pauvres gens ont abandonné et qui vont servir en partie à faire des bouillons. Ils auront eux aussi servi la France en améliorant l'ordinaire des soldats à la guerre. Certains vieux avaient déja connu l'exode et la destruction de leurs biens en 14, c'est la guerre mais c'est bien triste"
Récits d'époque

Le 22 et les jours suivants, les allemands surpris par cette résistance inattendue limitent leurs tentatives d'infiltration. L'artillerie est en place, ainsi que les communications téléphones et radio. La destruction des ponts se poursuit. Les accrochages et duels d'artillerie sont quotidiens.

Situation au 4 juin 1940Le front s'organise. A la fin mai, la 87e Division repasse à la 7e Armée. Son secteur est étendu à gauche jusqu'à l'Oise exclue (au delà, la 23e DI reprend le secteur de la 29e) et ramené à droite au pont de la Vallée inclus (au delà, c'est la 7e DI rattachée à la 6e Armée). Le secteur de la 87e DIA est divisé en 3 sous-secteurs ;
- Ouest ; 18e RTA (principaux points d'appui ; Bois de M..., Bois de F..., Manicamp, St-Paul-aux-Bois, Besmé, Blérancourt),
- Centre ; 9 Z (Bois de la T..., Guny, Trosly-Loire, Selens),
- Est ; une partie du 17e RTA (Pont-St-Mard, Point du Jour, Ferme de Bonnemaison, Epagny).

Les 12 ponts ou passerelles du secteur ont été détruits. On se bat à la grenade d'une rive à l'autre. La menace monte, les préparatifs allemands s'accélèrent ; dans la nuit du 3 au 4 le 105.Inf.Rgt. 72.Inf.Div. relève les chasseurs de montagne. Le 4, l'agitation est importante du côté allemand.

Après le rembarquement le 4 juin à Dunkerque du Corps Expéditionnaire Britannique et des armées françaises encerclées au nord, les unités françaises, jetées dans la bataille au gré des événements, défendent désormais seules et sans moyens modernes la liberté du monde. Elles ont pour consigne de résister sur place jusqu'à l'arrivée des armées rescapées du Nord qui débarquent à Cherbourg ...

Franchissement du canal par la 1.Geb.Div.Mercredi 5 juin, 2e acte de la bataille, les allemands (6.Armee, Heeresgruppe B) attaquent en force. Après une intense préparation d'artillerie sur tout le front à l'aube, qui s'étend en profondeur entre Quierzy et Juvigny, ils franchissent le canal à la faveur d'un épais brouillard sur des barques pneumatiques ou à la nage. Les vagues successives sont accueillies à coups de fusils et de grenades, qui coulent les embarcations et font de nombreux morts qui flottent sur canal. Les combats se poursuivent au corps à corps sur les berges.

Claude PAILLAT - Le désastre de 40, tome 5 La plupart des points d'appui, mêmes encerclés, tiennent mais l'ennemi les contourne et progresse entre Pont-St-Mard et Crécy-au-Mont et par le pont de Bichancourt insuffisamment détruit. Devant Guny, le 105.IR allemands décimé par nos armes automatiques doit engager ses réserves.

A la mi-journée, les allemands débordent Manicamp malgré la résistance sur place des unités ; la IIe Compagnie du 18e RTA qui assure la liaison au pont de l'Oise avec  la 23e DI ne se repliera que le 7 avec cette dernière. Mais les infiltrations ennemies sont nombreuses, St-Paul-aux-Bois est investi, Trosly-Loire est menacé. Sans doute l'ennemi cherche-t-il, selon une méthode qui lui chère durant cette campagne, à attaquer par l'arrière, en capturant les états-majors pour désorienter les unités privés de chefs ... Des renforts sont nécessaires. Une section de chars du 56e BCC - 3 FT17 de la Grande Guerre - arrive en début d'après-midi ! Une contre-attaque des Tirailleurs du 17e permet de dégager le PC du 9 Z à Selens.

On trouve à Quierzy des traces de ces combats ; des douilles de 7,5 mm 1929 correspondant à l'armement individuel des Tirailleurs.

Au soir, les allemands s'emparent de Besmé ferme par ferme mais les points d'appui sur le canal et dans Trosly-Loire tiennent, les pertes infligées à l'ennemi sont importantes et plus de cent prisonniers ont été faits (principalement des hommes du 124.Gr.Inf.Rgt. de la 72.Inf.Div. (XXXXIV AK, 6. Armee, Heeresgruppe B ).

Le 6 juin, les allemands poursuivent leur action. A l'ouest, ils poussent en direction de Blérancourt. Le 18e RTA contre-attaque de la Rue de Noyon en direction de la Ferme Favette pour dégager la dernière batterie de 75 intacte du 87e RA qui appuie le régiment. Renforcé par la compagnie de réserve du 17e RTA et appuyé par une section de 2 FT (le 3e est en panne) les Tirailleurs repoussent l'ennemi et capturent 16 allemands dont un officier. Au soir, les allemands attaquent très violemment Camelin et le Fresne.

Au centre, l'attaque allemande en direction de Trosly-Loire est pareillement stoppée ; 152 prisonniers dont 2 officiers et un important matériel sont pris. A l'est, une grande partie de l'armement est perdu du fait des violents pilonnages d'artillerie, la liaison est perdue avec le 93e RI, les Tirailleurs se replient vers Epagny et le GRD multiplie les reconnaissances pour rechercher la liaison avec le 93e RI.

Vers 21 h tombe l'ordre de décrocher. On croit tout d'abord à une mystification de la 5e colonne. Mais les importantes incursions ennemies alentours rendent une contre attaque impossible ; le 485.I-R (263.Infanterie-Division, V ArmeeKorps) a passé le Canal de l'Oise à l'Aisne à Bichancourt et longe par surprise le Canal Latéral à l'Oise jusqu'à Noyon, entre la 23e DI tenant la rive droite de l'Oise et Noyon et la 87e DIA tandis que les 463 et 483. Infanterie-Regiment (263.I-D également) franchissent le Canal de St-Quentin devant Vouël.

L'ordre est transmis par les agents de liaison qui parviennent à se glisser jusqu'aux points d'appui encerclés. Malgré la fatigue de deux jours et deux nuits de combats et la faim (il n'y a plus de ravitaillement depuis le 4 juin), le repli s'effectue en ordre à la faveur de la nuit en direction des ponts sur l'Aisne de Rethondes, Berneuil, Attichy et Vic tenus par la 11e DI. Le 7 vers 13 heures la rivière a été franchie par tous les éléments qu'il a été possible de décrocher, les ponts sautent. Les allemands attaquent déjà. La déception est grande de ne trouver là ni défense organisée ni renforts regroupés pendant les 20 jours de combats sur l'Ailette.

Des journées décisives
On sait aujourd'hui que pour Weygand l'ordre donné le 5 juin à ses unités de lutter "sur place sans esprit de recul" signifiait que la guerre devait s'arrêter là, pour négocier avec Hitler tant que la France a une armée. Weygand refusait alors toute idée de repli vers la Bretagne ou l’Afrique du Nord et rien n’est donc fait en ce sens.
Mais l'armée française oppose, au délà de tout espoir, à l'attaque allemande du 5 juin, une résistance remarquable - et remarquée - sur la Ligne Weygand, contrastant avec ce qui s’est passé en mai.
Cette nouvelle donne ne modifie pas le cours de la bataille mais Weygand finit par céder sans conviction le 6 et autorise la retraite. Son plan d’armistice est mort et l’Armée Française se battra jusqu’au bout.
Après le rembarquement réussi de Dunkerque, ce sursaut français aidera également Churchill à convaincre les britanniques que l’on peut se battre contre Hitler et continuer la guerre.
Il trace aussi la voie dans laquelle s’engagera de Gaulle, devenu le 6 juin Secrétaire d’Etat à la Guerre du gouvernement Reynaud.

Le prix payé par les allemands sur l'Ailette est élevé ; de leur propre aveu pour ces deux jours ; 1.800 morts et 4.500 blessés (outre plus de 200 prisonniers). La seule 1.Geb.Division du XXXXIV ArmeeKorps, qui a traversé le canal plus à l'est ce jour-là perd 500 hommes. Les Zouaves perdent de leur côté 16 officiers et 620 hommes (tués, blessés ou disparus). les pertes des Tirailleurs, égalements lourdes, attestent qu'ici comme ailleurs l'armée française s'est battu courageusement.

Sur l'autre rive de l'Oise, le V ArmeeKorps allemand qui attaque depuis La Fère est tenu un temps en échec devant Noyon par de puissantes contre-attaques françaises mais à l'aube du 7 juin, les 62. et 94.I-D venant du Nord et la 263.I-D du sud-est resserrent l'étau sur Noyon où les combats de rues opposent les fantassins allemands aux fantassins français jusqu'en début d'après-midi. La plupart des unités françaises parviennent à s'échapper. Au soir, la 263.I-D occupe Noyon. La chaleur est étouffante. Les morts sont enterrés à la hâte.

Les combats se poursuivent au sud de l'Aisne. La 87e DIA se bat au nord de la Forêt de Retz ; Ferme de Pouy les 8 et 9 juin, Taillefontaine le 10 ...

Situation au 12 juin 1940Lundi 10 juin, la bataille défensive sur la Somme et l'Aisne est perdue. Le repli général se fait sur Soissons et Oulchy. Les Allemands atteignent Château-Thierry. Le front sur la Marne est défendu héroïquement. Le 11 juin, la rivière est franchie à Brasles et à Chartèves. Les allemands progressent dans toutes les directions.

Le Gouvernement quitte Paris. Le 12, les allemands sont à Évreux, le 14 à Paris et au Mans, le 15 à Tours et sur la Loire. Lundi 17, le Maréchal Pétain annonce à la radio "qu'il faut cesser le combat". Le 18, le Général de Gaulle lance son appel : "rien n'est perdu pour la France". Du 19 au 21, 2 000 Cadets de Saumur (élèves officiers, instructeurs, bataillon de marche des élèves officiers et d'infanterie de St-Maixent) résistent derrière la Loire sur un front de plus de 30 km de Gennes à Montsoreau. Mais un armistice est signé le 22 juin à Rethondes. Il est rapidement violé.

Appel à la Résistance du Général de Gaulle du 22 juin 1940 à la BBC (6' 30'' - 1063 Ko)

Situation au 25 juin 1940A la tête de la 87e DIA, le Gal Martin saura diriger une retraite en bon ordre jusqu'en Charente et en Hte-Vienne (à St-Junien notamment ...), sans jamais rompre le combat, malgré la masse de civils qui fuit, l'armée qui se défait sous les coups des stukas, maîtres du ciel désespérément bleu de juin 1940. La division, qui défile dans Châteauroux le 14 juillet, reçoit les félicitations de Weygand avant de rembarquer à Marseille pour l'Algérie début août ; ses hommes prendront part dès 1942 à la libération de l'Empire puis de la Métropole.

Les allemands n'oublieront pas non plus la défense héroïque du 9e Zouaves sur l'Ailette ; l'armistice signé, ils tiendront à rencontrer son chef sur la ligne de démarcation pour le féliciter !


Insigne du 9e Zouaves

 

Médaille des Rescapés de l'Aisne créée en 1967 à l'occasion du 50e anniversaire de l'offensive du Chemin des Dames d'avril 1917, elle commémore les combats qui se sont déroulés dans l'Aisne lors des Première et Deuxième Guerres mondiales.     Médaille des Rescapés de l'Aisne créée en 1967 à l'occasion du 50e anniversaire de l'offensive du Chemin des Dames d'avril 1917, elle commémore les combats qui se sont déroulés dans l'Aisne lors des Première et Deuxième Guerres mondiales.


 

L'occupation

Le retour immédiat des réfugiés est interdit par l'ennemi afin de ne pas entraver les mouvements de ses troupes. Il n'y a plus de train. Mais la caravane de Quierzy repart avant la fin du mois de juin en passant cette fois par Paris complètement désert. Elle arrive à Quierzy le 10 juillet. Par le train, il faudra deux jours pour rentrer à la fin du mois.

Le village porte la marque des combats, les champs ont été saccagés par les engins militaires, les ponts ont sauté, des militaires tués ne sont pas encore enterrés. Quelques maisons ont eut leur toiture soufflée, beaucoup ont été pillées ; armoires vidées de leur contenu, animaux éparpillés, ... On apprend que trois enfants du village sont morts au combat : BRIFFOTEAUX Paul (Joseph) SEQUEVAL Louis SUEUR René

130.000 soldats français ont été tués en un mois (un dixième des pertes totales de la Grande Guerre, qui dura 52 mois ?).

Autre trace de la bataille qui s'est déroulée dans la région, un certain nombre d'armes a été laissé sur place. Beaucoup vont disparaître avant que les allemands s'y intéressent.

cartes d'alimentationMais l'ennemi s'organise sans tarder et Quierzy va subir une nouvelle fois l'occupation allemande ; réquisitions, pillages (le cours du Mark passe de 4 à 20 Francs), cartes d'alimentation, Ausweis, couvre-feu, sentinelles aux ponts, "petite frontière" sur le canal (au nord, c'est la "zone interdite" permettant aux allemand l'accès aux côtes de la Manche), ... Les rationnements fixent la ration alimentaire à 1 700 calories par jour environ ; Catégorie A (de 22 à 70 ans, non travailleurs de force, ni cultivateurs) en 1940 ; 250 g de pain, 15 g de matières grasses par jour ; 180 g de viande, 40 g de fromage par semaine ; 500 g de sucre par mois. En avril 1941 ; 240 g de pain par jour ; 250 g de viande, 75 g de fromage par semaine ; 3 l de vin, 550 g de matières grasses, 500 g de sucre, 200 g de riz, 250 g de pâtes par mois.


 

La Résistance

Différents réseaux de résistance à l'occupant se créent, d'autant plus rapidement et efficacement que la région a déjà eu l'expérience de l'occupation allemande en 1914-1918 ; faux papiers en tous genres (cartes d'identité, d'alimentations, ...), renseignement, ramassage des armes, sabotages, hébergement des aviateurs alliés, ... De l'autre côté de la Méditerranée, l'armée française se reconstitue et en 1943 libère l'Italie avec les alliés. Un enfant du village y meurt au combat : RICOT Henri

André Gossard (1901-1944)Fin 1943, dans la perspective des opérations militaires à venir, un important groupe de résistants (tous les jeunes du villages !) s'organise à Quierzy autour d'André Gossard dit Hubert (Adjudant), propriétaire du café-épicerie route de Brétigny. Le groupe FFI de Quierzy, qui comptera près de 40 hommes à la veille de la libération, dépend du Lieutenant Adolphe Alavoine dit René, de Béthancourt, chef du Secteur B1/2 (ouest de Chauny). Le secteur B1/2 est rattaché au Secteur B1 (Chauny) commandé par le Lieutenant Jean Bruxelle de Flavy-le-Martel lui-même sous les ordres du Capitaine René Dromas d'Ugny-le-Gay, Chef du Groupement B (Laon), issu de l'O.C.M. (Organisation Civile et Militaire).

Le secteur B1/2 s'étend de l'ouest de Chauny jusqu'à la limite du Département entre Ugny-le-Gay et Guyencourt au nord et Quierzy et Manicamp au sud. La vallée de l'Oise constituant un axe stratégique pour les communications allemandes vers l'ouest, le groupe aura notamment pour objectif le Canal (Latéral à l'Oise), la Nationale (n°38 à l'époque, n°32 aujourd'hui) et surtout la voie de chemin de fer (Paris-Bruxelles), qui feront l'objet de sabotages, destructions, renseignements au profit de l'aviation alliée, ...

Jusqu'en juin 1944, le groupe s'entraîne avec les armes et explosifs parachutés - essentiellement des Sten et des fusils anglais, du plastic - et commence à harceler les allemands ; permutation des panneaux de signalisation, pose de crèves pneus, etc ...

 

Juin 1944

3 juin ; la gare d'Appilly est bombardée : un train de marchandises est détruit.

Discours du Général de Gaulle du 6 juin 1944 à la BBC (27" 27'' - 81 Ko)

5 juin 1944, presque quatre ans jour pour jour après l'entrée des allemands dans Quierzy, le groupe prend le maquis et, conformément aux ordres reçus de Londres, les fameux messages personnels, passe à l'action dans la nuit du 5 au 6 juin 1944 en faisant sauter le déversoir de Manicamp du canal, qui se vide alors dans l'Oise, empêchant ainsi aux allemands toute navigation sur le canal pendant plusieurs jours et notamment l'acheminement de péniches de gas-oil à destination de la Normandie. Par la suite, une équipe va couper la ligne téléphonique enterrée sur la Nationale près d'Abbécourt, tandis qu'une autre permute les panneaux de signalisation, des crèves pneus sont posés, le tout entraînant systématiquement la désorganisation des transports allemands pour quelques heures.

8 juin ; nouveau bombardement de la gare d'Appilly : un train de munitions saute.

Le déversoir de Manicamp est saboté une seconde fois dans la nuit du 12 au 13 juin.

Une dizaine de jours à peine après le débarquement, la tête de pont alliée en Normandie est solidement établie. La situation commence à préoccuper les allemands ; le 17 juin, Rommel et Von Rundstedt rencontrent Hitler en personne dans l'Aisne au PC fortifié de Margival (au nord-est de Soissons). Son retour pour l'Allemagne est précipité par la chute le lendemain, d'un V1 incontrôlé à quelques centaines de mètres du PC !

22 juin ; bombardement des installations ferroviaires, péniches et camions entre Appilly et Ribécourt. Fin juin, le port de Cherbourg est conquis de haute lutte.

PM Sten Mk2
PM Sten Mk2

Juillet 1944

Dans la nuit du 3 au 4 juillet, le groupe regagne Quierzy par mesure de sécurité après l'attaque par les allemands d'un groupe voisin à Crisolles, entre Noyon et Guiscard.

Le 7 juillet, informé du départ de Chauny d'un train de chars pour la Normandie, le groupe va poser une charge explosive sur la voie ferrée entre Abbécourt et le passage à niveau de Manicamp au lieudit Thury. C'est finalement un train de voyageur qui passe en premier et saute, heureusement sans faire de victime. Le convoi allemand prend quand même plusieurs heures de retard. Les cheminots de Tergnier réfugiés à Quierzy du fait des bombardements furent d'une aide précieuse pour ce type d'action. Le lendemain, une bombe est placée en plein jour dans un train "suspect" garé à Appilly. Le train n'est pas détruit mais l'explosion sème la panique chez les allemands.

Dans la nuit du 11 au 12 juillet c'est la scierie d'Appilly, réquisitionnée par les allemands, qui est sabotée; le bois sert notamment à alimenter les gazogènes de leurs véhicules. Le transformateur électrique est plastiqué et les courroies des scies démontées. La scierie ne tournera plus pour l'ennemi. Changement de secteur pour ne pas être repéré la nuit suivante, tout le groupe va saboter les lignes téléphoniques longeant la voie ferrée vers Baboeuf; sur plusieurs centaines de mètres les poteaux sont sciés et les fils cisaillés.

Le 17 juillet, le groupe tente à nouveau de vider le canal remis en eau, mais cette fois par le fond et avec une charge plus importante; un des obus de 155 abandonnés par l'Armée Française en 1940 dans un bois à proximité du village. L'engin traverse Quierzy de jour dans une remorque de vélo garnie d'herbe et sur laquelle a pris place une fillette de 18 mois ! Mais le ponton de service sous lequel la charge est placée, pour ne pas attirer une fois sur place l'attention des sentinelles allemandes, ne pourra être tiré de Quierzy jusqu'à Abbécourt à bras d'hommes. Il faut renoncer.

Après plusieurs semaines de combats acharnés, les Américains s'emparent de Saint-Lô le 18 juillet, les Britanniques et Canadiens de Caen le 19.

Nouvelle opération d'importance pour le 20 juillet, il faut empêcher le redémarrage des ateliers du dépôt SNCF de Tergnier, bombardés mais partiellement réutilisables; deux postes de transformation électriques sont intacts. Au début de la matinée, un commando pose une charge explosive et incendiaire sur chacun des deux transformateurs. Ils sont tous deux détruits. L'électricité ne sera pas rétablie avant le départ des allemands. Furieux, ces derniers commencent à rassembler les agents français du dépôt, qui parviennent à prendre la fuite à la faveur d'une alerte aérienne.

Malheureusement, deux jours après cette réussite spectaculaire, les allemands parviennent à arrêter André Gossard au saut du lit. Il a été dénoncé tout comme un autre membre du groupe qui a réussi à prendre la fuite. Le groupe dormira désormais à l'extérieur du village. Emprisonné et interrogé à Saint-Quentin, André Gossard ne parlera pas. Transféré au camp de Royalieu en attente de déportation, il fut tué au cours du bombardement de Compiègne le 9 août 1944. Âgé de 43 ans, il laissait une femme et un garçon de huit ans. Il sera décoré de la Croix de Guerre à titre posthume.

L'activité du groupe se poursuit. Le 24 juillet, ayant été informé que seule la gare de Noyon étaient encore alimentée en eau - indispensable aux locomotives à vapeur - quatre hommes du groupe vont faire sauter en plein après-midi la station de pompage.

Fin juillet, succès de l'opération Cobra en Normandie ; les Américains enfoncent enfin les défenses allemandes et déferlent en direction de la Bretagne et de la Loire. L'ennemi entreprend la préparation d'une ligne de repli sur la Somme, la Marne et la Saône. Entre la Somme et la Marne, la "ligne Kitzinger" coupe le Département entre Ham et Fismes et longe l'Ailette devant Chauny et Coucy.

Août 1944

Le 3 août, tandis que le groupe assiste à l'enterrement de M. Guerre, Maire de la Commune, des avions américains bombardent deux trains allemands garés à Appilly signalés la veille. Des wagons d'essence brûlent, ceux de munitions explosent, les voies sont endommagées, mais un avion a été abattu par les tirs de DCA. Le lendemain, un nouveau train de char est annoncé sur la voie de garage d'Appillly. 4 hommes du groupe vont poser durant la nuit une mine antichar sur l'aiguillage. Le train reste bloqué là 24 heures avant d'être bombardé le 5 puis peu après son départ de jour le 6, près de Ribécourt par les avions alliés.

Le 7, l'eau ayant été rétablie à la gare de Tergnier, 4 hommes du groupe sont envoyés faire sauter la station de pompage qui se trouve près de la gare de La Fère. Les 2 hommes porteurs des armes et explosifs sont contrôlés par la Gestapo entre Manicamp et Marizelle. Ils ne sont pas fouillés par les agents français, la Libération approche ... Arrivé sur place, la présence de nombreux ouvriers à proximité des pompes doit faire renoncer à l'opération. Le 8, deux hommes du groupe se rendent à vélo au terrain d'aviation d'Achery, au nord de La Fère, afin d'identifier les avions qui s'y trouvent.

Durant la nuit du 11 au 12, le groupe est exceptionnellement mobilisé pour une opération de parachutage entre Guivry et Beaumont-en-Beine. Aucun avion ne se présente. Nouveau sabotage du câble téléphonique enterré qui longe la Nationale le 14 août à l'aide d'un obus de 75 de 14-18 et pose de crèves pneus. Le premier camion allemand qui se présente crève un pneu; le chauffeur n'ose pas s'arrêter avant Chauny pour réparer !

A la mi-août, l'échec de la contre-attaque allemande de Mortain, ordonnée par Hitler, précipite la déroute des armées allemandes en Normandie. Début de la difficile retraite des armés allemandes vers la ligne Somme-Marne-Saône.

17 août ; bombardement de l'écluse Saint-Hubert d'Appilly et de Salency. Le 18, en prévision des combats de la Libération, une partie du stock d'obus de 155 est transportée à proximité de la Nationale. Le transport est effectué en charrette à cheval. Sur la Nationale, l'équipage se retrouve un moment au milieu d'un convoi allemand mitraillé par l'aviation américaine. Le soir même des hommes du groupe vont saboter une ligne téléphonique aérienne vers Bourguignon-sous-Coucy et permuter les pancartes de plusieurs carrefours. Les allemands mettront plusieurs jours avant de trouver l'origine de la panne.

Les armées allemandes encerclées dans la poche de Falaise sont anéanties. Les rescapés en fuite, cherchent à repasser la Seine en direction de la ligne de défense Somme-Marne-Saône.

Les alliées approchent ; tout le groupe est mobilisé pour la nuit du 20 au 21 août afin de prendre en embuscade les convois allemands sur la route Manicamp-Besmé. Un obus de 155 doit sauter au passage du premier véhicule. Aucun convoi ne se présente. Dans la nuit du 22 au 23, le groupe fait sauter le pont sur la nationale entre Baboeuf et Salency au carrefour de la route de Béhéricourt. La circulation reste coupée 24 heures.

Le 25 août au soir, le groupe va une nouvelle fois bloquer la circulation sur le canal, très fréquenté en direction du nord avec la libération de Paris. Une péniche est coulé en travers du canal près du pont d'Abbécourt. Elle ne sera découpée qu'après la libération.

Le 26 août, les allemands réquisitionnent le bétail ; la fin approche.

Le 28, l'armée allemande traverse Quierzy en charrettes, le groupe est en alerte, les américains sont à Soissons, les allemands s'apprêtent à quitter le secteur et à faire sauter les ponts. A la nuit, les hommes vont se regrouper à Béthancourt pour les combats de la Libération puis vont poser deux mines sur la nationale vers Marest sous la protection d'un FM du groupe de Béthancourt au milieu des convois allemands. C'est une voiture et ses occupant qui explose dispersant alentour des centaines de paquets de Gauloises. La route est coupée plusieurs heures. Les allemands furieux font précéder leur convoi de cultivateurs de Marest pour faire sauter les mines. Heureusement, elles avaient sauté toutes les deux. Les Gauloises feront le bonheur des fumeurs des environs.

Le 29, ordre de repli général allemand vers la Belgique et la ligne de défense à l'ouest (estuaire de l'Escaut-Canal Albert-Meuse-Westwall-Moselle).

Le 30, les allemands réquisitionnent les vélos et les autos. Le canon gronde depuis quelques jours vers Compiègne. Les américains sont à Laon. La nuit du 30 au 31, pour devancer les allemands, le bureau de tabac de Béthancourt est dévalisé, avec l'accord du propriétaire. Le 31, calme sur la route et dans le ciel mais le canon gronde sans cesse. Pendant la nuit, un homme du groupe s'est blessé à la main en déchargeant son pistolet.

 

Septembre 1944

Chauny 1er septembre 1944 - Convoi allemand en flamme (photo J. Hallade)1er septembre ; le canon s'est tu vers 5 heures, vers 6 heures deux V1 passent à basse altitude en direction de Paris, les allemands investissent Quierzy et les villages alentours. Sur les routes, le défilé des "convois" allemands en retraite est incessant ; tout ce qui peut rouler est utilisé. Vers midi poursuite d'avions dans le ciel. Accrochages entre Soissons et Chauny en début d'après-midi. Deux hommes se rendent à Chauny pour évaluer la situation ; la ville grouille d'allemands. A la nuit, ces derniers commencent à quitter Quierzy. Le canon tire de la rive nord de l'Oise ; les américains sont à Noyon. Vers 1 heure les ponts sautent. A 6 heures tout est silencieux.

Le groupe à Béthancourt - 2 septembre 1944Le 2 septembre au matin, le groupe, réveillé de bonne heure par les cloches des villages alentours annonçant la Libération tant attendue, part libérer Chauny. Dans les villages traversés (Commenchon, Caumont, Neuflieux) tout le monde est dans la rue, ivre de joie, on chante la Marseillaise, impossible d'avancer. Après avoir fouillé la zone parcourue sans rencontrer un seul allemand, vers 11 heures, à l'entrée d'Ognes, le groupe rencontre les premiers américains venant de Noyon ; une voiture française en tête, genre SIMCA, suivie de quelques véhicules blindés sur pneus, sans doute une unité de reconnaissance de la 28th Infantry Division. Retour à Béthancourt tard dans l'après-midi.


 

Courrier

La Libération

Affiche du GPRF / Défilé de la 28e DIUS sur les Champs-Elysées le 29 août 1944 (Photo US Army)Vendredi 25 août 1944 au soir, à J+80, 11 interminables semaines, après leur débarquement sur les plages de Normandie, les Alliés sont sur la Seine, Paris est libéré.

Devant l'ampleur de la débâcle allemande (les sabotages de la Résistance s'accentuent créant chez les allemands un climat d'insécurité qui les démoralise), les Alliés, dont le plan initial prévoyait de faire une pause avant de franchir la Seine, décident de poursuivre sans attendre en direction de la Belgique (Directive M-520 du 26 août du Gal Montgomery). La libération du nord de la France commence.

A Quierzy comme ailleurs, jusqu'à la dernière minute, on ignore qui des anglais ou des américains libèrera la région et surtout quand. C'est la 1st US Army (Gal Hodges) qui reçoit pour mission d'avancer par la "voie historique de Paris aux Ardennes" en direction du nord-est de la capitale entre la 2nd British Army (Gal Dempsey) au nord et la 3rd US Army au sud (Gal Patton). Objectif ; Charleroi, de là se tourner vers l'est et pousser par Liège et Namur pour atteindre le Rhin entre Coblence et Cologne.

Les trois corps d'armée de la 1st US Army (V, VII, XIX) sont déployés de Mantes à Melun, face à la 5. Panzer Armee au nord de l'Oise et la 1. Armee au sud. A droite de Paris, le VII Corps (Gal Collins, 1st et 9th Infantry Division et 3rd Armored Division) part de Melun dès le 26 août et pénêtre le premier dans l'Aisne ; la 9th Infantry Division atteint Château-Thierry dans la nuit du 27 au 28 août tandis que la 1st Infantry Division avance par la Ferté-Milon et la 3rd Armored Division par Villers-Cotterets pour atteindre Soissons le 28 puis Laon le 30, Montcornet et Rethel le 31.

Dans le même temps, le XX Corps (Gal ?) de la 3rd US Army, parti de Vulaines (Fontainebleau) le 28 août en direction de Reims, coupe la pointe sud du Département, libérant la rive gauche de la Marne (90th Infantry Divisions et 7th Armored Division), établit un pont flottant sur la Marne près de Château-Thierry le 28 dans la nuit. Les CCA et CCR de la 7th Armored Division avancent ensuite par Fismes, atteignent l'Aisne, puis avancent vers le nord de Reims, libéré le 30 par la 5th Infantry Division. La 7th Armored Division atteint Verdun le lendemain.

A gauche, le XIX Corps (Gal Corlett, 30th et 79th Infantry Division et 2nd Armored Division) avance de Mantes à partir du 28 août et se trouve entre Beauvais et Compiègne le 31 (la 2nd British Army atteint alors déjà Amiens).

Au centre, après avoir achevé de libérer Paris, le V Corps (Gal Gerow) part avec un temps de retard le 29 août. Composé des 4th (Gal Barton) et 28th Infantry Division (Gal Cota) et de la 5th Armored Division (Gal Oliver), le V Corps a devant lui des éléments des 6.Fallschirm-Jäger-Division, 9.Panzer-Division, Panzer-Lehr-Division K, ... et au nord de l'Oise le 1.SS Panzer-Korps avec des éléments de la 6.Fallschirm-Jäger-Division, la 18.Feld-Division L et la 49.Infanterie-Division plus au nord.

La 4th Infantry Division quitte la capitale par l'est en direction de Soissons, via Nanteuil-le-Haudoin - Villers-Cotterets, suivie de la 28th Infantry Division, qui quitte la ville par le nord en direction de Compiègne par Senlis. La 5th Armored Division (arrivant du XV Corps dans l'Eure, elle succède à la 2e DB française au sein du V Corps ) traverse Paris le 30, rejoint les fantassins et atteint l'Oise, la Forêt de Compiègne et l'Aisne le 31.

Les soldats américains se retrouvent, non sans émotion, sur les champs de bataille de la Grande Guerre où avaient combattu leurs pères. Ne rencontrant généralement pas d'unités ennemies importantes, ils empruntent les grandes routes et négligent dans leur élan des points de résistances secondaires. Partout, la Résistance et la population aident et acclament les troupes américaines parfois méfiantes. Les principales difficultés rencontrées au cours de cette progression rapide sont les ponts détruits et le manque d'approvisionnements, dû à une avance trop rapide. En l'absence de chemin de fer, les alliés ne disposent alors pour leurs ravitaillement que du port artificiel d'Arromanches et de celui de Cherbourg très endommagé, très éloignés.

A l'arrivée des américains, la Résistance prend possession des Mairies et des Administrations. Mais elle n'a pas les moyens d'empêcher les massacres dans le nord du Département ; Fontaine-Notre-Dame le 27 août, Tavaux le 30, Plomion le 31, Etreux le 2 septembre.

Progression des unités US dans l'Aisne 27/8 - 4/9/44

La 4th Infantry Division (22th Infantry Regiment) franchit l'Aisne à l'ouest de Soissons vers Pommiers avec une partie de la 5th Armored Division (Combat Command A) le jeudi 31 à 18 heures. Pendant la nuit, la 28th Infantry Division (110th Infantry Regiment) avec une partie du Combat Command B de la 5th Armored Division traverse l'Oise à Pont-Ste-Maxence et aux premières heures du 1er septembre, la 28th Infantry Division (112th Infantry Regiment) entre dans Compiègne et établit tête de pont au nord de l'Oise permettant à une partie du Combat Command B de la 5th Armored Division de traverser au lever du jour.

Cadre général des opérations - La Poche de Mons - QuorumAlors que le V Corps est orienté dans la direction Avesnes-Beaumont-Chimay, dans la matinée du 1er septembre, la 1st US Army ayant reçu l'ordre de foncer vers le nord afin de couper la retraite aux convois allemands repérés au nord de Saint-Quentin, tous les véhicules disponibles, ceux de l'artillerie et du génie compris, sont utilisés pour envoyer les groupes de combat des 4th et 28th Infantry Division vers la Belgique, par Saint-Quentin, Le Cateau et Bavai (Opération de la Poche de Mons).

Rattaché à la 4th Infantry Division, le Combat Command A de la 5th Armored Division, avance à droite, le reste de la 5th Armored Division, à gauche avec pour objectif la frontière belge, et la 28th Infantry Division en arrière.

Pendant que la 28th finit de libérer Compiègne et ses environs, le 22th Infantry Regiment (4th ID) avec une partie du Combat Command A (5th AD), contournent Chauny par l'est dans l'après-midi du 1er septembre, pour aller franchir la Serre à Crécy le lendemain matin.

A l'ouest, venant de Compiègne, une partie du Combat Command B (5th AD) atteint Noyon au soir du 1er septembre. Là, des éléments de la 348.ID allemande s'opposent une bonne partie de la nuit avant de reculer.

Au centre, les autres unités de la 4th Infantry Division (8th et 12th Infantry Regiment) et du Combat Command A ayant progressées par l'est de la Forêt de Compiègne franchissent l'Aisne au soir.

Insignes des unités de l'US Army
opérant dans la région de Quierzy début septembre 1944

4th Inf. Div.

5th Arm. Div.

28 th Inf. Div.

A Quierzy, la débâcle allemande s'accélère à la nuit. Vers 1 heure, les ponts sautent. Le canon tire de l'autre rive de l'Oise. Avant le jour, les allemands ont disparu. Tout devient silencieux. Samedi 2 septembre 1944, au levé du jour, on entend les cloches des villages alentours annonçant leur libération ; Noyon est libéré par une partie du Combat Command B (5th AD) rejoint par la 28th Infantry Division, venant de Compiègne, qui poursuit vers Chauny et Saint-Quentin. Les blindés foncent vers Ham atteint à 8 heures 30 et contournent Saint-Quentin qui sera libéré dans la soirée par le 110th Infantry Regiment (28th ID).

Au sud de l'Oise, une partie du Combat Command A, avance depuis la vallée de l'Aisne devant les 8th et 12th Infantry Regiment (4th ID).

2 septembre 1944 - Les premiers soldats américains à Chauny (Photo J. Hallade)Samedi 2 septembre vers six heures, une voiture traverse Quierzy. Chacun se précipite à sa fenêtre s'attendant à voir arriver les libérateurs. Mais ce sont des officiers allemands qui prennent hâtivement la direction de Brétigny avant de rebrousser rapidement chemin. Ils sont bientôt suivi d'un, puis plusieurs chars. Soudain on distingue une étoile blanche sur le premier char. "Les Américains !" entend-on crier. Le char s'arrête au carrefour. Deux "retardataires" allemands, ayant passé la nuit caché non loin, se présentent pour se rendre. La population se risque à l'extérieur des maisons. Les enfants grimpent sur les blindés prendre les chewing-gums et le chocolat que leurs tendent les tankistes. Les cloches sonnent, Quierzy est libéré.

Le défilé des camions et des Jeeps s'accélère. Le 8th Infantry Regiment (4th ID) ayant franchi l'Aisne à Berneuil, en camion à 7 heures, suit les unités du Combat Command A (5th Armored Division) vers 8 heures, atteint La Fère à midi et traverse à 17 heures 45. Le 12th Infantry Regiment (4th ID), parti à 7 heures 30, atteint l'Oise vers Pontoise-les-Noyon - Varesnes vers 10 heures et traverse à 16 heures. La 4th Infantry Division établit son PC à Nampcel.

Pendant ce temps, l'avant garde du V Corps (22th Infantry Regiment et CCA), parvenue au nord de Guise, s'arrête en panne d'essence, mais au soir, le CCB atteint Condé-sur-l'Escault et l'opération de la Poche de Mons permet à la 1st US Army d'entrer en Belgique, de libérer Tournai et Mons à J+88. Il s'agit aussi d'une lourde défaite pour les allemands, la deuxième en importance après Falaise ; 25.000 prisonniers et 5.000 morts en trois jours, sur les lieux-mêmes où les blindés allemands, après avoir percé le front à Sedan, avaient coupé les arrières des armées alliés en mai 1940, là où la retraite alliée avait commencée en 1914 ...

La joie est d'autant plus grande que personne ne s'attendait à une libération aussi rapide après les durs combats de Normandie ; La région est libérée en quelques jours, presque sans affrontement ni destructions, grâce aussi à l'action de la Résistance.

"Défilé de la Victoire" Chauny 3 septembre 1944 - Au second plan, le Groupe de QuierzyDimanche 3 septembre 1944, du nord de l'Oise, la 4th Infantry Division poursuit vers Wassigny, au nord du Département, pendant que la 28th Infantry Division, qui établit son PC à Marest, libère Saint-Quentin, avant de poursuivre le lendemain vers Laon. Le groupe de Quierzy participe au "défilé de la Victoire" à Chauny. C'est la première et la dernière fois que les hommes portent le brassard. Retour à Béthancourt pour un dernier repas et l'après-midi le groupe rentre à Quierzy, drapeau tricolore en tête. Les américains sont en train de reconstruire un pont sur l'Oise. Une cérémonie improvisée se tient au monument aux morts avec la population de Quierzy dont le concours a été sans faille durant ces longues années.

Lundi 4, malgré la pénurie de carburant, le V Corps se regroupe au nord-est de Laon pour aller franchir la Meuse vers Sedan.

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Bibliographie

L'AISNE DANS LA GUERRE 1939-1945 - Marie-Agnès PITOIS-DEHU - HORVATH

LA RANDONNEE DU 9e ZOUAVES - Lt-Col. TASSE - CHAIX

JMO 87e DIA - SHAT Vincennes - côte 32N348

JMO 18e RTA - SHAT Vincennes - côte 34N275

LA FACE CACHEE DE 1940 - François DELPLA - F.X. DE GUIBERT

QUIERZY 1944 LA RESISTANCE : L'histoire du Groupe de Quierzy par ses membres 50 ans après

LA LIBERATION DE LA FRANCE - André KASPI - PERRIN

1944, LA POURSUITE ALLIEE - Ronald MACNAIR - HEIMDAL : Un des rares ouvrages sur la libértion du nord de la France

LA POCHE DE MONS - Yves BOURDON, Claude FAUCON, Maurice TOUBEAU, Henri HUET - QUORUM

US ARMY RECORDS ; 4th Inf. Div. ; 5th Arm. Div.; 28 th Inf. Div.

J'AVAIS 21 ANS EN 1944 - Jeannine COTIN - L'AISNE NOUVELLE


 

France 1940
Photos 1.Geb.Div. German Daily reports

Photos de la Libération de Chauny

normandie memoire.com debarquement-normandie.com
4e, 28e Infantry Division & 5e Armored Division Progression des unités US dans l'Aisne 27/8-4/9/44

DKW NZ 350

Cartes de la 2e GM Noyonnais 1944 Expo 44

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