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Quierzy est un important lieu de villégiature apprécié des souverains mérovingiens et carolingiens ; Charles Martel y mourut, Charlemagne y serait né, son palais est cité dans la Chanson de Roland, Charles II le Chauve y fut couronné par son père Louis le pieux, s’y maria et y signa le fameux Capitulaire de Quierzy. Les papes Etienne II et Léon III y furent reçus l’un par Pépin le Bref, l’autre par Charlemagne.

Quierzy restera la propriété des rois de France jusqu'à Hugues Capet. Le destin historique exceptionnel de ce village aujourd'hui paisible, situé sur le cours de l'Oise, entre Noyon et Chauny, dans le Département de l'Aisne, remonte même à l'époque gallo-romaine avec l'implantation d'une "villa" fortifiée d'où Clovis partira à la conquête de la Gaule.

La principale source pour cette période est constituée par les Annales de Quierzy rédigées d'après les notes de l'Abbé Th. Carlet par l'Abbé N. Caillet.

On doit la présence d'un palais à Quierzy aux époques mérovingienne et carolingienne à la proximité d'une route romaine passant l'Oise, trait commun aux palais de Compiègne et Verberie.

Les points routiers où l'on passait la rivière étaient Pontoise-lès-Noyon ou le castrum de Noyon lui-même. C'était la Via Agrippa de Lugdunum (Lyon), capitale la Gaule à Gesoriacum (Boulogne-sur-Mer), port d'embarquement pour la (Grande) Bretagne, qui passait par Durocortorum (Reims), capitale de la Gaule Belgique, Augusta Suessionum (Soissons), Noviomagus (Noyon), Rodium (Roye), Samarobriva (Amiens), ...

Plus tard, une voie mérovingienne de Compiègne (point de passage de l'Oise) à Saint-Quentin (gué permettant de franchir la Somme), traversait 
l'Oise à Quierzy pour aller rejoindre la voie romaine d’Augusta Suessionum (Soissons), point de passage de l'Aisne, à Augusta Viromanduorum (Saint-Quentin).

Quierzy se trouve également sur l'embouchure de l'Ailette (1), précisément à l'endroit où l'Oise devient navigable, ce qui souligne, outre l'habitude franque de s'installer près d'un cours d'eau, l'importance de plus en plus grande des rivières en tant que voies de communication.

La situation de Quierzy, à équidistance de Soissons, Compiègne et Laon, place le palais dans une région où les diocèses ou évéchés de Soissons, de Noyon et de Laon (circonscriptions territoriales de l'Empire romainé adoptées par l'Église latine pour désigner le territoire sous la responsabilité d'un évêque vers le IIIe siècle) s'entrecroisaient et se neutralisaient, ce qui a longtemps préservé les propriétés royales de la mainmise des églises (2).

Enfin, l'établissement de domaines royaux et aristocratiques par transfert des domaines de l'Etat romain dans le fisc mérovingien reste difficile à démontrer mais très probable.

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Notes :

(1) Le cours de l'Ailette a été modifié en 1690 pour rejoindre l'Oise entre Quierzy et Manicamp. L
es villages de Quierzy et Manicamp restent rive ouest de l’Ailette après 1690.

(2) Avant 1790, le 
Diocèse de Soissons s'étendait au sud de l'Oise et sur la rive ouest de l’Ailette : les villages de Brétigny, Quierzy et Manicamp en faisait partie même après 1690.
A l'est de l’Ailette, s'étendait le 
Diocèse de Laon : la Motte de Quierzy, quelques maisons de Manicamp, Bichancourt, Pierremande, Champs, …
A l'ouest de Brėtigny, depuis Varesnes inclus, et rive nord de l’Oise jusqu’à Tergnier inclus (Beautor La Fère exclus) s'étendait le 
Diocèse de Noyon (Doyenné de Noyon à l'ouest de Quierzy, Doyenné de Chauny à l'est).
Ces frontières, héritées des tribus gauloises, placent le village de Quierzy, situé sur la rive sud de l'Oise, en territoire Suessions, rattaché plus tard à l'Île de France, domaine des rois capétiens, et l'actuel château, situé sur la rive nord de l'Oise, en territoire Viromanduens, rattaché plus tard à l'Evêché de Noyon. Quant à la rive est de l'Ailette (entre actuelle Rivièrette et Oise), elle serait Suessions ou Rèmes, rattachée plus tard au Diocèse de Laon. Au gré des raliements, ces diocèses seront rattachés à la Neustrie ou à l'Austrasie.




La limite sud de la Picardie en 1771
Quierzy en Île de France 

A aucun moment, le territoire actuel de la commune de Quierzy, à cheval sur l'Oise, bordé par l'Ailette et situé aux confins du Soissonnais, du Noyonnais et du Laonnois, n’est rattaché à la Picardie historique d’avant 1789. Bien au contraire, le village se situe dans le Soissonnais, qui constitue dès 486 le cœur du domaine royal mérovingien à l'origine de l'Île-de-France capétienne. 


L’Oise constitue très tôt la frontière naturelle entre le Vermandois puis le Noyonnais au nord et le Soissonnais au sud, tandis que l'Ailette, qui rejoint l'Oise à Quierzy, sépare le Soissonnais à l'ouest, du Laonnois à l'est.

Ces "pays", formant parfois des régions naturelles, sont grosso modo issus des territoires des tribus qui occupaient l'actuel territoire du département de l'Aisne avant l'arrivée des Romains en Gaule : Viromanduens au nord, Bellovaques à l'ouest, Suessions au sud, Rèmes à l'est.

Les archéologues fixent sur l'Oise la frontière séparant le territoire des Viromanduens (au nord) de celui des Suessions (au sud), ce qui place Quierzy en territoire Suessions. Avec moins de certitude, les territoires compris entre l'Oise et l'Ailette seraient des zones d'implantation successives ; entre l'Oise et la Serre Viromenduens ou Rèmes et entre la Serre et l'Ailette Suessions ou Rèmes. La Gaule connaît en effet à cette époque de fréquentes querelles entre tribus (cf. Diviciacos) et on peut imaginer comme par la suite des variations de frontière au gré des conquêtes militaires, alliances, partages, ...
Carte des peuples de l'Aisne
 (La carte archéologique de la Gaule, L'Aisne, Blaise Pichon)

Les romains organisent la Gaule en Provinces et, à l'intérieur de ces provinces, les peuples et territoires gaulois en Civitates (Cités) elles-mêmes divisée en Pagus (Pays), etc, qui donneront les anciennes provinces françaises et leurs subdivisions, les évêchés, diocèses, etc. 

Dès l'antiquité celtique, le territoire des Suessions occupe une position de premier plan dans la constitution du domaine royal franc, à l'origine de la province d'Île de France. Diviciacos (début du 1er siècle), roi des Suessions, est généralissime des Belges et « empereur » de Bretagne. Aetius (début du 5e siècle) choisie comme capitale ce qui restait de romanité en Gaule après le sac de Rome par les barbares : Soissons. C'est là qu'en 486 un léte révolté, Clovis, venant de Tournai, vainc Syagrius, dont le royaume s'étend entre Somme et Loire, et établit à son tour sa capitale à Soissons. Cette victoire permet à Clovis d'atteindre la Seine et Paris mais ce n'est qu'en 508 que Clovis fait de Paris le siège de son royaume, cité à mi-chemin entre sa terre d'origine et ses récentes conquêtes dans le sud.


Il existe très tôt autour de Noyon, un important territoire, le pagus Noviomum, distinct du Vermandois. Vers 531, Saint-Médard, évêque de Vermand, s’installe à Noyon. Il est nommé en 532 à l'épiscopat de Tournai, première capitale du royaume des Francs, unifiant l’évêché de Tournai à celui de Noyon. Cet évêché est étroitement lié à la royauté franque : Charlemagne est sacré roi des Francs à Noyon en 768 et Hugues Capet en 987. Après 1146, lorsque le pape rend à Tournai son évêque particulier, l'évêché de Noyon est érigé en comté-pairie et l’Evêque-Comte de Noyon fait partie des pairs du royaume, vassaux directs du roi, appelés à désigner son successeur. 

Le Laonnois est pareillement étroitement liée aux Mérovingiens. Laon est un des lieux de résidence de Clovis puis des rois Carolingiens avant de devenir brièvement la capitale du Royaume de France entre 895 et 988.

Le Soissonnais, le Noyonnais et le Laonnois conquis dès 486 constituent dès lors le cœur du domaine domaine royal franc, c'est-à-dire le domaine relevant directement de l'autorité du roi, qui donnera plus tard le Duché de France puis l'Île de France.

Quand l'évêque de Reims convoque à Senlis un conseil pour confier les destinées de la France carolingienne aux robertiens en 987, le Duché de France comprend outre le Soissonnais, le Noyonnais, le Laonnois, le Valois, le Vexin français, la France proprement dite, le Parisis et le Hurepoix.


La limite de la province d'Île de France avec la Picardie résulte au 15e siècle des luttes pour
les "villes de la Somme", places fortes défendant le cours de la SommeEn 1435 sous Charles VII le traité d'Arras cède certaines de ce villes à la Picardie, à savoir pour ce qui nous intéresse, Roye, Péronne et Saint-Quentin. Ham (25 kilomètres au nord de Quierzy) n'est pas incluse dans ce traité. On trouve ultérieurement les doyennés de Péronne et de Saint-Quentin rattachés au Diocèse de Noyon ...

Noyon et Chauny, restées à la veille de la Révolution à l’Île de France, laissent en toutes hypothèses la frontière de la province de la Picardie historique plusieurs kilomètres au nord de Quierzy. Au plus proche, on trouve parfois le village de Guivry (8 kilomètres de Quierzy), diocèse et doyenné de Noyon, rattaché à la Picardie.

Les témoignages écrits du XIIIe siècle, concernant le sud-est du département de l'Aisne montrent un français proche des habitudes de Paris sans les caractéristiques du picard (D. Coq, Deux chartes originales en français de la Picardie orientale (1260, avril; 1267, juillet?), t. 142-2, p. 314, Bibliothèque de l'École des Chartes, Paris, 1984).



Le Soissonnais, où se trouve Quierzy, n'a donc jamais fait partie de la Picardie historique. Le village ne se trouve pas non plus sur la limite de cette province, mais aux confins du Noyonnais et du Laonnois appartenant à l'Île de France. Quierzy n’est donc à aucun moment dans l'histoire un village picard
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La Révolution supprime en 1790 les provinces historiques issues de l'histoire féodale.
Les délimitations des trois départements actuels (Aisne, Oise et Somme), qui composent l'ex-région administrative de Picardie, crée en 1960 et intégrée en 2016 dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie (Hauts-de-France), ne correspondent donc pas à celles de l'ancienne province historique de Picardie d'avant 1789, qui incluait au nord-ouest le Boulonnais et le Ternois, mais ne comprenait au sud ni le Soissonnais, ni le Laonnois, ni le Noyonnais, ni le Valois, qui appartenaient à l'Île-de-France.
L'ex- région administrative de Picardie ne correspondait en réalité à la Picardie historique que pour le département de la Somme.
Le département de l'Aisne est constitué en 1790 sur quatre anciennes provinces ; la Picardie avec le Vermandois au nord-ouest (Saint-Quentin) et la Thiérache au nord-est (Vervins), quelques communes des Flandres au nord du Vermandois, l'Île-de-France au centre avec le Noyonnais, le Soissonnais et le Laonnois et la Champagne au sud avec l'Omois (Château-Thierry) regroupant le Tardenois, l'Orxois et la Brie.
En 1946, à la demande du Commissariat Général au Plan, sont définies les régions agricoles et petites régions agricoles, largement inspirées des régions géographiques. Quierzy se trouve dans le Soissonnais ainsi que à l’est, Manicamp, Bichancourt et la rive gauche de l’Oise jusqu’à Charmes et au sud Besmé, Bourguignon-sous-Coucy, … A l’ouest, Brétigny, Appilly, Cuts, département de l’Oise, sont dans le Noyonnais. Au nord de la rivière Oise, Marest-Dampcourt, Abbécourt sont dans le Saint-Quentinois et Laonnois.
Il est intéressant de noter qu’en 2008, les arrondissements de Soissons et de Laon représentaient 50% de la superficie du département de l’Aisne et de sa population, les arrondissements de St-Quentin et de Vervins 34% et 36 % et l’arrondissement de Château-Thierry 16 % et 13 %.

Il existe de nombreux écrits sur les fréquents séjours des rois mérovingiens et carolingiens, qui affectionnaient la campagne, sur leur "cher domaine", Carisiacum en latin, qui a donné Chérisy puis Quierzy, idéalement situé à la rencontre de l'Oise et de l'Ailette, défendant les abords de la résidence et permettant la pêche, au milieu de terres fertiles et de forêts giboyeuses, assurant approvisionnement et loisirs.

Les Mérovingiens

Le document le plus ancien mentionnant "Caraciaco" date de 605. Représentatif de l'époque, il a trait à l'assassinat de Protade, Maire du Palais de Bourgogne, qui permet d'éviter une des guerres fratricides (entre Théodebert d'Austrasie et Thierry de Bourgogne) qui marquent cette période.

On connaît ensuite, à partir de 660, plusieurs actes signés à Quierzy par les rois mérovingiens Clotaire III, Thierry III, Childebert III, Thierry IV, Childéric III et Charles-Martel, Maire du Palais.

Ce dernier acte, de 741, mentionne à son tour le "Palais de Quierzy". Le vainqueur de Poitiers (732) y meurt en octobre de la même année. Il existerait des monnaies frappées à Quierzy dès cette époque.

Les Carolingiens

C'est surtout de la période carolingienne que l'on possède de multiples écrits dans l'Histoire de France confirmant l'importance de Quierzy.

En janvier 754, Pépin le Bref reçoit le Pape Etienne II à Quierzy; il s'agit tout d'abord du premier déplacement d'un Pape en France, et c'est là que Pépin signe la donation faite au Pape de l'Exarchat de Ravenne, qui constitue l'acte de création des États Pontificaux, domaine temporel de la papauté, disparu en 1870.

En 754 toujours, Pépin célèbre la fête de Pâques à Quierzy et en 760, 761 et 764, entre deux campagnes militaires, Noël et Pâques, selon une tradition semble-t-il ancienne, qui fait présumer la naissance de Charlemagne à Quierzy le lundi de Pâques 2 avril 742 ... (Cf Abbé Carlet)

Charlemagne fait également de fréquents séjours à Quierzy où il signe un nombre important d'actes à partir de 773. Il y passe l'hiver 775, y célèbre Noël et Pâques. Il est encore à Quierzy en juin de la même année. Il y passe l'hiver 781, y célèbre Noël et Pâques.

En 804, Quierzy a l'honneur du principal séjour du Pape Léon III auprès de l'Empereur. Ils célèbrent là Noël ensemble, avant de se rendre à Aix-la-Chapelle fêter l'Épiphanie.

Louis le Pieux à son tour affectionne le Palais de Quierzy, il y signe plusieurs actes à partir d'octobre 820, alors qu'il passe là selon la coutume, l'automne à chasser avant d'y réunir une Assemblée à la fin de l'année. Il reçoit ses fils Pépin et Louis à Quierzy en 835 et s'y repose à la mi-carême.

En 838, l'Empereur réunit à Quierzy une importante Assemblée Générale, à laquelle assistent ses fils Pépin et Charles, ainsi qu'un Synode Général d'Evèques. C'est lors de cette Assemblée que Charles reçoit à l'age de 14 ans le Royaume d'Aquitaine.

Après la mort de son père, Charles le Chauve revient rapidement à Quierzy où il signe dès décembre 840 plusieurs actes et réunit une diète, Lothaire menaçant la Francia. En décembre 842, Charles convoque à nouveau les Grands du Royaume à Quierzy pour célébrer son mariage avec Hermantrude.

Plusieurs Conciles se tiennent à Quierzy en 849, 853, 857, 858, ainsi qu'un synode comprovincial en 855. En 852, Charles a passé l'hiver à Quierzy.

En mars 858, le roi rassemble ses grands vassaux à Quierzy avant de marcher contre les Normands. Charles est encore à Quierzy en août 860, en juillet 861, ... , pour Noël en 862 et 865, ... En 876, au retour de son couronnement à Rome, le roi de France revient à Quierzy.

Enfin, en juin 877, Charles le Chauve convoque une dernière assemblée avant de partir faire la guerre au delà des Alpes et signe le fameux Capitulaire de Quierzy.

Après sa mort au Mont-Cenis, la Reine Richilde, sa seconde épouse, se retire à Quierzy. Une nouvelle assemblée y a lieu en septembre 882.

Après 891, les Normands s'installent dans la région ; Quierzy et ses environs sont complètement détruits. Hugues Capet, qui préfèrera résider en ville, donne ses terres de Quierzy à l'Evêque de Noyon. Ce dernier y fait construire une forteresse pour se défendre du puissant seigneur de Coucy. 

Philippe Ier confirme la donation vers 1068. La terre passe ensuite aux mains des Chérisy, puis des Montmorency, des Roye, des Halluin, Brûlart et Bussy-Rabutin jusqu'à la révolution.

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La Capelette

Il existait encore au XIXe siècle rive gauche de l'ancien cours de l'Ailette des restes de murs qui permirent d'entreprendre des fouilles et d'identifier, les "fondations d'une ancienne église construite sur les ruines d'un ancien château mérovingien" (Bulletin Archéologique de Soissons, 1868). Capelette signifie petite chapelle.

Avec ces premiers éléments, de nouvelles fouilles sont entreprises en 1916 par l'archéologue allemand G. Weise à la recherche du palais de Charlemagne ...


Plan général des fouilles de 1916 (env. 130 m x 95 m)

Interrompues par les inondations puis la reconquête de Quierzy par les français en mars 1917, les fouiles confirment l'importance du site.

Il a tout d'abord existé à cet endroit une villa gallo-romaine du IVe siècle, qui correspond à l'implantation par les romains sur le déclin de colons (barbares infiltrés pacifiquement) pour défendre l'empire et cultiver le sol.

La villa gallo-romaine est généralement un ensemble en bois et torchis plus ou moins fortifié entouré d'une palissade et d'un fossé et regroupant dans une première cours les communs, les logements du personnel du domaine, la basse-cours et dans une seconde les greniers, les écuries et l'habitation du propriétaire. Les villae plus importantes sont dotées d'une forteresse ou d'une simple tour protégée par un fossé qui sert d'habitation. A proximité se trouvent des exploitations familiales plus petites dépendantes de la villa.

Au siècle suivant, lors des grandes invasions, les Francs constituent au nord de la Gaule un véritable royaume, qui à l'avènement de Clovis joint l'Oise au sud. Quierzy est sur la frontière et c'est sans doute à cette époque que la villa gallo-romaine fait place à une villa mérovingienne semble-t-il plus petite, fortifiée à la romaine avec donjon, palissade et fossé.

De ces greniers-forteresses, Clovis part à la conquête de la Gaule battant tout d'abord en juillet 486 Syagrius à Soissons, dont il fait sa capitale.

A la mort de Clovis en 511, le royaume est partagé entre ses fils, Quierzy est en Neustrie, sur la frontière avec l'Austrasie. La forteresse stratégique est certainement alors non seulement améliorée mais aussi fréquentée par les rois francs à la recherche de l'unité du royaume, sur les traces de Clovis ...

Cette construction est très tôt transformée en abbaye fortifiée (Monastère Saint-Remy de Quierzy ?).


Plan du Palais de Samoussy (env. 90 m x 60 m)
avec son fossé semi-circulaire semblable à celui de Quierzy
(d'après G. WEISE)

La Motte

Une nouvelle villa mérovingienne est édifiée plus près de l'Oise bien qu'il n'en soit fait mention qu'ultérieurement, en 709. C'est cette seconde villa qui va être agrandie pour devenir le palais de Charles Martel et de ses descendants Pépin le Bref, Charlemagne, Louis le Pieux, Charles le Chauve.

Selon "l'archéologue aérien" Roger Agache, Quierzy est parmi les grands palais du haut Moyen Âge le seul dont l'emplacement est discernable (voir photo).

Le palais carolingien est généralement établi au centre d'exploitations rurales plus petites et abrite une population de paysans, d'artisans, de clercs, de fonctionnaires dans des bâtiments plus ou moins grands. Il reçoit le roi et sa suite au gré des fêtes religieuses, des grandes chasses de printemps et d'automne, des assemblées générales ou des expéditions militaires. Il y eut également un atelier monétaire à Quierzy.

La demeure est séparées des bâtiments agricoles par un fossé ou un cours d'eau. A Quierzy, les  bras de l'Oise et de l'Ailette formaient idéalement plusieurs bras et donc autant d'enceintes. L'Ailette se jetait alors dans l'Oise à Quierzy et non à Manicamp comme aujourd'hui. Il fut ainsi possible d'établir à Quierzy un port sur l'Oise navigable.

Plusieurs ponts permettaient de franchir les différents cours d'eau. Sur celui de la Fosse-Barre, le bras nord de l'Oise, aujourd'hui à peu près recouvert par le Canal Latéral à l'Oise, passait la voie mérovingienne qui allait de Compiègne à Saint-Quentin, en suivant la rive gauche de l'Oise jusqu'à Quierzy, où elle traversait cette rivière, pour aller rejoindre la voie romaine de Soissons à Saint-Quentin.

Mais ces différents cours d'eau expliquent également les hésitations des historiens quant à la situation exacte du Palais de Quierzy et les revendications territoriales le concernant. Selon que l'on prend en effet l'un ou l'autre des bras de l'Oise et de l'Ailette pour le principal, le Palais se trouve sur la rive gauche ou sur la rive droite !

Or, la rive gauche de l'Oise appartenait au Soissonnais et l'autre au Noyonnais tandis que l'Ailette délimitait le Soissonnais du Laonnois. Ainsi, le palais de Quierzy pouvait appartenir au Noyonnais, au Soissonnais ou au Laonnois, et devenir terre de Neustrie ou Soissonnaise, ... propriété de l'Evêque de Noyon, réclamée par les Sires de Coucy une fois la région dévastée à la fin du IXe siècle par les Normands, qui se regroupent dans le port de Quierzy.

Abandonné par les rois, le Palais royal a fait place à une forteresse seigneuriale (de Chérisy)

On devine encore aujourd'hui rive droite de l'ancien cours de l'Ailette notamment un fossé semi-circulaire identique à celui du Palais de Samoussy.

Le château

Vue arrière du Château de Quierzy La tour Roland

L'actuel château de Quierzy a été rebâti au XVIe siècle à l'emplacement de la forteresse des Evêques de Noyon, actuelle rive droite de l'Oise. Il existe encore une tour visible à cet endroit.

 

Le prieuré

Situé au coeur du village actuel, le prieuré (Saint-Martin ?) s'élevait à l'origine à proximité du château carolingien. Ce prieuré était vide de religieux au XVIe siècle. Vendus en 1790, les bâtiments furent en partie détruits. L'église primitive qui existait encore au milieu du XIXe siècle, mais en mauvais état, fut remplacée entre 1855 et 1865 par une église néo-gothique, détruite au cours de la Première Guerre mondiale et reconstruite entre 1920 et 1930. De cet établissement religieux clunisien, il ne reste aujourd'hui que les ruines du logis prioral. Une tourelle en encorbellement du mur de clôture, protégée MH en 1928, a disparue depuis ... 

Les vestiges du logis prioral en totalité, les murs d'enclos incluant la base de l'ancienne tourelle d'angle disparue sont inscrits MH depuis 2007 au moment d'un projet de destruction soutenu par le maire de la commune, Olivier Timmerman !


                         


Plan de la villa mérovingienne du prieuré (G. Weise)


Aujourd'hui, une simple pierre au centre du village
rappelle la prestigieuse histoire de Quierzy.

 

Bibliographie sommaire

Melleville - Notice historique sur Quierzy ; Paris, Dumoulin. - In-8° de 3 f. 1/4 - 1853

Ferdinand Lot lien - Les jugements d'Aix et de Quierzy (28 avril et 6 septembre 838) - Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1921 - Volume 82 - Numéro 1 - pp. 281-315

Abbé Th. Carlet / Abbé N. Caillet - Annales de Quierzy - publiées en 1935 par le Comité Archéologique et Historique de Noyon (Ed. A. Baticle - Chauny). Merci à Alain Labruyère.
L'Abbé Carlet mentionne plusieurs notices sur le Palais Royal de Quierzy :
- Damien de Templeux, Description du Duché de Valois
- Hadrien de Valois, Notitia Galliarum
- Mabillon, Disquisitio de Carisiaco traduit en français par Bruzen de la Martinière, Grand Dictionnaire Géographique
- P. Christophe Labbé, Histoire Manuscrite de Chauny, 1715
- L'Abbé Carlier, Histoire du Duché de Valois
- L'Abbé Colliette, Mémoires pour le Vermandois
- M. Melleville, Historiographie du Département de l'Aisne, 1851
- M. Suin, Historiographie du Département de l'Aisne, 1849
- M. le Baron de la Fons-Melicocq, ?, vers 1855
- M. Peigné-Delacourt, ?
- M. Petit, renseignements fournis aux assises de la Société des Antiquaires de Picardie, en l856
- M. Poquet, Rapport à l'occasion d'une visite de la Société Soissonnaise à Manicamp et Quierzy

Jean-Claude Malsy - Quierzy : site royal en péril ? Revue archéologique de l'Oise - Année 1973 - Volume 3 - Numéro 1  p. 11

Georges Samson - Le Palais de Quierzy et les villas dépendantes de celui-ci du VIe au Xe siècle - publié vers 1973 par le Groupe Archéologique du Noyonnais

Kaiser Reinhold. Aspects de l'Histoire de la civitas suessionum et du diocèse de Soissons aux époques romaine et mérovingienne - Cahiers archéologiques de Picardie. N°1, 1974. pp. 115-122  (PDF 1,2 Mo)

Philippe Racinet -Les prieurés clunisiens en Picardie au Moyen Age et au XVIème siècle - Revue archéologique de Picardie - Année 1982 -Volume 4 - Numéro 1 - pp. 199-230

Georges Samson - Essai de datation du site carolingien de Quierzy-sur-Oise - Revue archéologique de Picardie - Année 1985 - Volume 1 - Numéro 1 -  pp. 132-136 (PDF 1,2 Mo)

Philippe Racinet - Bretigny, Quierzy et Notre-Dame-en-Faves : trois prieurés clunisiens au nord du diocèse de Soissons (XIIe-XVIe siècles) - Revue archéologique de Picardie lien Année 1989 - Volume 3 - Numéro 1 -  pp. 229-236

Pierre Riché - La vie quotidienne dans l'empire carolingien - Hachette 1973

François-Guillaume Lorrain - Quierzy, capitale de la France ‏- "Voyage en France : retour sur quelques lieux qui ont fait notre pays" Le Point 
     http://www.lepoint.fr/histoire/quierzy-capitale-de-la-france-1-28-02-2015-1908676_1615.php
     http://www.lepoint.fr/histoire/quierzy-capitale-de-la-france-2-01-03-2015-1908832_1615.php

Ce travail a été également réalisé grâce aux notes de mes grand-parents, qui furent respectivement Institutrice et Secrétaire de Mairie à Quierzy, aux recherches commencées par mon père, ...

Archives départementales de  l'Aisne

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de Jean-Pierre Boizette

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