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Quierzy est un important lieu de villégiature apprécié des souverains mérovingiens et carolingiens ; Charles Martel y mourut, Charlemagne y serait né, son palais est cité dans la Chanson de Roland, Charles II le Chauve y fut couronné par son père Louis le pieux, s’y maria et y signa le fameux Capitulaire de Quierzy. Les papes Etienne II et Léon III y furent reçus l’un par Pépin le Bref, l’autre par Charlemagne.

Quierzy restera la propriété des rois de France jusqu'à Hugues Capet. Le destin historique exceptionnel de ce village du Soissonnais aujourd'hui paisible, situé à la rencontre de l'Oise et de l’Ailette, aux confins des cités des Suessions, des Viromanduens et des Rèmes, remonte à l'époque gallo-romaine avec l'implantation d'une "villa" fortifiée d'où Clovis partira à la conquête de la Gaule.

La principale source pour cette période est constituée par les Annales de Quierzy rédigées d'après les notes de l'Abbé Th. Carlet par l'Abbé N. Caillet.

On doit, selon l’historien Reinhold Kaiser, la présence d'un palais royal à Quierzy aux époques mérovingienne et carolingienne tout d'abord à la proximité d'une route romaine passant l'Oise, trait commun aux palais de la civitas suessonum de Quierzy, Compiègne, Berny-Rivière et Verberie, jouxtant tous des endroits où des routes romaines passent l'Oise ou l'Aisne (1).

Les points routiers où l'on passait la rivière près de Quierzy étaient Pontoise-lès-Noyon ou le castrum de Noyon lui-même. C'était la Via Agrippa de Lugdunum (Lyon), capitale la Gaule à Gesoriacum (Boulogne-sur-Mer), port d'embarquement pour la (Grande) Bretagne, qui passait par Durocortorum (Reims), capitale de la Gaule Belgique, Augusta Suessionum (Soissons), Noviomagus (Noyon), Rodium (Roye), Samarobriva (Amiens), ...

Plus tard, une voie mérovingienne de Compiègne (point de passage de l'Oise) à Saint-Quentin (gué permettant de franchir la Somme), traversait 
l'Oise à Quierzy pour aller rejoindre la voie romaine d’Augusta Suessionum (Soissons), point de passage de l'Aisne, à Augusta Viromanduorum (Saint-Quentin).

Quierzy se trouve également au confluant de l'Oise et de l'Ailette (2), précisément à l'endroit où l'Oise devient navigable, ce qui souligne, outre l'habitude franque de s'installer près d'un cours d'eau, l'importance de plus en plus grande des rivières en tant que voies de communication.

Le palais se situait certainement entre l'Oise et l'Ailette, qui forment très tôt des frontières naturelles entre les territoires des Viromanduens établis au nord de l'Oise, des Rèmes installés à l'est de l'Ailette et les Suessions au sud de ces deux rivières. Les territoires des différents peuples de la Gaule étaient pour la plupart déterminés par des limites naturelles, telles que fleuves, forêts ou montagnes.

Ces frontières naturelles demeurent par la suite autour de Quierzy celle de la Civitas Viromanduorum (capitale Saint-Quentin) et du Pagus Noviomagensis autour de Noyon, puis du Diocèse de Noyon, celle de la Civitas Remorum des Rèmes (capitale Reims) et du Pagus Laudunensis autour de Laon, puis du Diocèse de Laon, celle de la Civitas Suessionum (capitale Soissons) et du Pagus Suessionicus autour de Soissons, puis du Diocèse de Soissons.

La situation des palais près de l’Oise (à équidistance de Soissons, Compiègne et Laon pour ce qui est de Quierzy) dans une région où les diocèses voisins s'entrecroisaient et se neutralisaient, a peut-être préservé les propriétés royales, dans les époques de faiblesse, de la mainmise des églises. A Quierzy, trois diocèses se rencontrent (3).

Enfin, l'établissement de domaines royaux et aristocratiques par transfert des domaines de l'Etat romain dans le fisc mérovingien reste difficile à démontrer mais très probable. Clovis et ses fils disposaient en tout cas d’un district fiscal très étendu dans les régions de l’Oise, de l’Aisne et de la Seine, c’est-à-dire précisément dans le noyau de la puissance de Syagrius (Royaume de Soissons) et la royauté mérovingienne reste tributaire des traditions léguées par le « Romanum Rex « Syagrius.
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Notes et sources :

(1) 
Aspects de l'Histoire de la civitas suessionum et du diocèse de Soissons aux époques romaine et mérovingienne, Reinhold Kaiser, Cahiers archéologiques de Picardie, Année 1974, Volume 1, Numéro 1, pp. 115-122. Reinhold Kaiser est l'auteur d'études concernant la région de Soissons publiées, avec plans et cartes, sous le titre de Untersuchungen zur Geschichte der Civitas und Diozese Soissons in romischer und merowingischer Zeit dans la série du Rhemisches Archiv N° 89 (1973), par l'Institut d’histoire régionale de l'Université de Bonn.

(2) Le cours de l'Ailette a été modifié en 1690 pour rejoindre l'Oise entre Quierzy et Manicamp. L
es villages de Quierzy et Manicamp restent rive ouest de l’Ailette après 1690.

(3) Les diocèses, sous la responsabilité d'un évêque ou d'un archevêque, adoptées à partir du IIIe siècle par l'Église latine, correspondent aux circonscriptions territoriales de l'Empire romain pratiquement maintenues jusqu’à la révolution : Le Concile de Noyon de 814 cède quelques paroisses de la rive gauche de l'Oise à l'évêque de Noyon : Varesnes, Pontoise, Ourscamp, Carlepont, Tracy (Haut et Bas) et ne rétablit donc pas la frontière antique de l'Oise.
Diocèses de L'Aisne

Avant 1790, le 
Diocèse de Soissons s'étendait au sud de l'Oise et sur la rive ouest de l’Ailette : les villages de Brétigny, Quierzy et Manicamp en faisait partie même après 1690.

A l'est de l’Ailette, s'étendait le 
Diocèse de Laon : la Motte de Quierzy, quelques maisons de Manicamp, Bichancourt, Pierremande, Champs, …

A l'ouest de Brėtigny, depuis Varesnes inclus, et rive nord de l’Oise jusqu’à Tergnier inclus (Beautor La Fère exclus) s'étendait le 
Diocèse de Noyon (Doyenné de Noyon à l'ouest de Quierzy, Doyenné de Chauny à l'est).

Le territoire actuel de la commune de Quierzy relève ainsi des trois diocèses ... 



Cartes des Suessiones (Civitas Suessionum) par Stanislas Prioux 1861, avec les amputations du Concile de 814 sur la rive gauche de l'Oise
gallica.bnf.fr


Quierzy en Soissonnais - Île-de-France

Le territoire actuel de la commune de Quierzy, à cheval sur l'Oise et bordé par l'Ailette se situé aux confins du Soissonnais, du Noyonnais et du Laonnois. Dès 486, ces trois « pays » issus des territoires des peuples gaulois constituent le cœur du domaine royal mérovingien à l'origine de l'Île-de-France capétienne et à aucun moment dans l’histoire, les terres de Quierzy ne feront partie de la province de Picardie d’avant 1789.


Les archéologues fixent sur l'Oise la frontière séparant le territoire des Viromanduens (au nord) de celui des Suessions (au sud). Avec moins de certitude, au nord-est, les territoires compris entre l'Oise et l'Ailette seraient des zones d'implantation successives ; entre la Serre et l'Ailette Suessions ou Rèmes et entre l'Oise et la Serre Viromenduens ou Rèmes. La Gaule connaît en effet à cette époque de fréquentes querelles entre tribus (cf. Diviciacos). La rive nord-est de l’Ailette restera finalement aux Rèmes.

L’Oise constitue donc très tôt la frontière naturelle entre le Vermandois puis le Noyonnais au nord et le Soissonnais au sud, tandis que l'Ailette, qui rejoint l'Oise à Quierzy, sépare le Soissonnais à l'ouest, du Laonnois à l'est.  Ces "pays", formant parfois des régions naturelles, sont grosso modo issus des territoires des peuples gaulois avant l'arrivée des Romains en Gaule :
Suessions au sud, Bellovaques à l'ouest, Viromanduens au nord, Rèmes à l'est.

La région centrale du territoire occupé par les Suessions se délimite autour de l'Aisne inférieure et de ses affluents par une fréquence plus élevée d'oppida. César donne le chiffre de 12. Les recherches archéologiques permettent de localiser le chef-lieu « Noviodunum » à Pommiers, les oppida d'Ambleny, de Montigny-Lengrain et de Vieux-Moulin sur l'Aisne inférieure, Muret-et-Crouttes dominant la Crise et Pont-Saint-Mard l'Ailette.

Le peuplement préhistorique du secteur entre Aisne et Marne a fait l'objet d'une étude détaillée montrant les étapes successives de l'occupation du sol du paléolithique jusqu'à l'époque gallo-romaine par R. Parent, Le peuplement préhistorique entre la Marne et l'Aisne, Travaux de l'Institut d'Art préhistorique de l'Université de Toulouse, vol. 13, 14 (1971, 1972).
Carte des peuples de l'Aisne
 (La carte archéologique de la Gaule, L'Aisne, Blaise Pichon)

Les romains organisent la Gaule en Provinces et, à l'intérieur de ces provinces, les peuples gaulois en Civitates (Cités) elles-mêmes divisées en Pagus (Pays), qui correspondraient aux territoire des tribus. Par la suite, ces découpages territoriaux survivent sous l’ancien régime jusqu’à la révolution : le territoire de la civitas donne le diocèse et le pagus l’archidiaconé.

Quierzy se trouve ainsi à l’époque gallo-romaine aux confins de trois cités et de trois pays : la Civitas Suessionum des Suessions (capitale Soissons) et le Pagus Suessionicus rive sud de l’Oise, la Civitas Viromanduorum des Viromanduens (capitale Saint-Quentin) et le Pagus Noviomagensis rive nord de l’Oise et la Civitas Remorum des Rèmes (capitale Reims) et le Pagus Laudunensis rive nord-est de l’Ailette. Tous ces territoires faisaient partie de la province romaine de Gaulle Belgique (Gallia Belgica). 


Selon Reinhold Kaiser, la frontière de la civitas Suessionum gallo - romaine, connue grâce aux textes, aux inscriptions et aux traces archéologiques, se caractérise à beaucoup d'endroits par une étonnante stabilité de l'époque gallo-romaine jusqu'à la Révolution (de la civitas Suessionum au Diocèse de Soissons), mais les modifications ne manquent pas, notamment dans la vallée de l'Oise.

La frontière demeure inchangée à l'Ouest, dans la vallée de l'Automne, au Nord dans la vallée de l'Ailette (oppidum de frontière de Pont- Saint-Mard), à l'Est dans la vallée de la Vesle et au Sud dans la vallée du Petit-Morin.

Au Haut Moyen Age, en raison des partages du royaume mérovingien, de la formation de duchés, de la force d'attraction des évêchés voisins ou du transfert de chefs-lieux de cités, le territoire de la civitas Suessionum subit plusieurs amputations, principalement dans la région d'entre l'Aisne inférieure et l'Oise et dans le bassin de l'Ardre (dans l'Est de la civitas, le pagus Tardunensis s'étend de part et d'autre de la frontière des civitates de Soissons et de Reims …).

Le cours de l'Oise moyenne, loin d'être une ligne de démarcation parfaite, sépare les civitates de Senlis, Beauvais, St-Quentin - Vermand et Soissons jusqu'au milieu du 6e siècle lorsque le chef-lieu du diocèse de Vermand est déplacé vers l'évêché refuge de Noyon, soutenu au 7e siècle par les rois mérovingiens avec leurs points d'appui sur la rive gauche de l'Oise, où les domaines royaux forment un grand district fiscal. A la fin du 8e siècle, le pagus Noviomagen comprend tout le secteur entre l'Oise, l'Aisne et la route romaine Soissons - Vic-sur-Aisne - Noyon avec les quatre palais mérovingiens de Berny-Rivière, Berneuil, Choisy-au-Bac et Montmacq. En 814, un synode rassemblé à Noyon règle le conflit entre les églises de Soissons et de Noyon à propos des limites ecclésiastiques dans ce pagus. Les quatre palais font définitivement partie du diocèse de Soissons. Seules cinq paroisses de la rive gauche de l'Oise sont soumises à l'évêque de Noyon. La décision de 814 ne rétablit donc pas la frontière antique - l'Oise probablement - afin de ménager un compromis entre les intéressés.  


Dès l'antiquité celtique, le territoire des Suessions occupe une position de premier plan dans la constitution du domaine royal franc, à l'origine de la province d'Île de France. Diviciacos (début du 1er siècle), roi des Suessions, est généralissime des Belges et « empereur » de Bretagne. Aetius (début du 5e siècle) choisie comme capitale ce qui restait de romanité en Gaule après le sac de Rome par les barbares : Soissons. C'est là qu'en 486 un léte révolté, Clovis, venant de Tournai, vainc Syagrius, dont le royaume s'étend entre Somme et Loire, et établit à son tour sa capitale à Soissons. Cette victoire permet à Clovis d'atteindre la Seine et Paris mais ce n'est qu'en 508 que Clovis fait de Paris le siège de son royaume, cité à mi-chemin entre sa terre d'origine et ses récentes conquêtes dans le sud.


Il existe très tôt autour de Noyon, un important territoire, le pagus Noviomum, distinct du Vermandois. Vers 531, Saint-Médard, évêque de Vermand, s’installe à Noyon. Il est nommé en 532 à l'épiscopat de Tournai, première capitale du royaume des Francs, unifiant l’évêché de Tournai à celui de Noyon. Cet évêché est étroitement lié à la royauté franque : Charlemagne est sacré roi des Francs à Noyon en 768 et Hugues Capet en 987. Après 1146, lorsque le pape rend à Tournai son évêque particulier, l'évêché de Noyon est érigé en comté-pairie et l’Evêque-Comte de Noyon fait partie des pairs du royaume, vassaux directs du roi, appelés à désigner son successeur. 

Le Laonnois est pareillement étroitement liée aux Mérovingiens. Laon est un des lieux de résidence de Clovis puis des rois Carolingiens avant de devenir brièvement la capitale du Royaume de France entre 895 et 988.

Le Soissonnais, le Noyonnais et le Laonnois conquis dès 486 constituent dès lors le cœur du domaine domaine royal franc, c'est-à-dire le domaine relevant directement de l'autorité du roi, qui donnera plus tard le Duché de France puis l'Île de France.

Quand l'évêque de Reims convoque à Senlis un conseil pour confier les destinées de la France carolingienne aux robertiens en 987, le Duché de France comprend outre le Soissonnais, le Noyonnais, le Laonnois, le Valois, le Vexin français, la France proprement dite, le Parisis et le Hurepoix.


La limite de la province d'Île de France avec la Picardie résulte au 15e siècle des luttes pour
les "villes de la Somme", places fortes défendant le cours de la SommeEn 1435 sous Charles VII le traité d'Arras cède certaines de ce villes à la Picardie, à savoir pour ce qui nous intéresse, Roye, Péronne et Saint-Quentin. Ham (25 kilomètres au nord de Quierzy) n'est pas incluse dans ce traité. On trouve ultérieurement les doyennés de Péronne et de Saint-Quentin rattachés au Diocèse de Noyon.

Noyon et Chauny, restées à la veille de la Révolution à l’Île de France, laissent en toutes hypothèses la frontière de la province de la Picardie historique plusieurs kilomètres au nord de Quierzy. Au plus proche, on trouve parfois le village de Guivry (8 kilomètres de Quierzy), diocèse et doyenné de Noyon, rattaché à la Picardie.

Enfin, l'Oise constitue une limite linguiste et
géologique. Au nord-ouest du Soissonnais, la rive droite de la rivière était en effet de parlé Picard tandis que sur la rive gauche dominait le Français.

Les témoignages écrits du XIIIe siècle, concernant le sud-est du département de l'Aisne montrent un français proche des habitudes de Paris sans les caractéristiques du picard (D. Coq, Deux chartes originales en français de la Picardie orientale (1260, avril; 1267, juillet?), t. 142-2, p. 314, Bibliothèque de l'École des Chartes, Paris, 1984).

Au plan géologique, le plateau Picard
du Crétacé supérieur n'atteind pas non plus la vallée de l'Oise de l'Eocène / Paléocène.



La limite sud de la Picardie en 1771


Le Soissonnais, pays de la province de l'Île de France, où se trouve le village de Quierzy, pas plus que le Noyonnais et le Laonnois n'ont donc fait partie de la Picardie historique. Le village ne se trouve donc pas non plus sur la frontière entre ces provinces, mais aux confins du Soissonnais, du Noyonnais et du Laonnois, qui sont des pays à l’origine de l'Île de France et par définition partie de cette province. Quierzy n’est donc à aucun moment dans l'histoire un village picard. 

Les découpages territoriaux des cités gauloises survivent sous l’ancien régime jusqu’à la révolution : le territoire de la civitas donne le diocèse et le pagus l’archidiaconé.  
Le Diocèse de Soissons d'avant 1789 était constitué de quatre archidiaconés eux mêmes découpés en doyennés :
  · Grand Archidiaconé : Chrétienté (Soissons), Vailly, Chacrise et Viviers.
  · Archidiaconé de la Rivière : Vic-sur-Aisne, Collioles, Berthisy et Blérancourt.
 
· Archidiaconé de Brie : Chatillon, Château-Thierry, Orbais, Chézy, Dormans et Montmirail.
  ·
Archidiaconé de Tardenois : Bazoches, Oulchy, Neuilly, Fère.
La paroisse de Quierzy faisait alors partie du
Diocèse de Soissons, Archidiaconé de la Rivière, Doyenné de Blérancourt.

Le Soissonnais, délimité par quatre cours d'eau, l'Oise à l'ouest, l'Ailette au nord, l'Automne et l'Ourcq au sud, correspond également au
Grand Archidiaconé et à l'Archidiaconé de la Rivière de l'ancien Diocèse de Soissons.

La Révolution supprime les provinces historiques et les diocèses. Le département de l'Aisne est alors constitué sur quatre anciennes provinces ; l'Île-de-France au centre avec le Noyonnais, le Soissonnais et le Laonnois, la Picardie avec le Vermandois au nord-ouest (Saint-Quentin) et la Thiérache au nord-est (Vervins), quelques communes des Flandres au nord du Vermandois et la Champagne au sud avec l'Omois (Château-Thierry) regroupant le Tardenois, l'Orxois et la Brie.

Le nouveau département coïncide approximativement avec la principale partie de la Généralité de Soissons 
(élections de Soissons, Laon et Guise) à laquelle est rattachée l'élection de Saint-Quentin prise à la généralité d'Amiens. Créée en 1595, la Généralité comptait sept élections : Château-Thierry, Clermont-en-Beauvaisis, Crépy-en-Valois et Soissons issues de la généralité de Paris, Noyon de la généralité d'Amiens, Laon et Guise de la généralité de Châlons.


Les délimitations des trois départements actuels (Aisne, Oise et Somme), qui composaient l'ex-région administrative de Picardie, crée en 1960, intégrée en 2016 dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie (Hauts-de-France), ne correspondent pas non plus au limites de la province historique de Picardie d'avant 1789, qui incluait au nord-ouest le Boulonnais et le Ternois, mais ne comprenait au sud ni le Soissonnais, ni le Laonnois, ni le Noyonnais, ni le Valois, qui appartenaient à l'Île-de-France.  L'ex-région administrative de Picardie ne correspondait donc en réalité à la Picardie historique que pour le département de la Somme.

En 1946, à la demande du Commissariat Général au Plan, sont définies les régions agricoles et petites régions agricoles, largement inspirées des régions géographiques. Quierzy se trouve dans le Soissonnais ainsi que à l’est, Manicamp, Bichancourt et la rive gauche de l’Oise jusqu’à Charmes et au sud Besmé, Bourguignon-sous-Coucy, … A l’ouest, Brétigny, Appilly, Cuts, département de l’Oise, sont dans le Noyonnais. Au nord de la rivière Oise, Marest-Dampcourt, Abbécourt sont dans le Saint-Quentinois et Laonnois.
Il est intéressant de noter qu’en 2008, les arrondissements de Soissons et de Laon représentaient 50% de la superficie du département de l’Aisne et de sa population, les arrondissements de St-Quentin et de Vervins 34% et 36 % et l’arrondissement de Château-Thierry 16 % et 13 %.

Soissons Île de France, 1932
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Quierzy est rattaché en 1790 au District de Chauny. Les districts étaient le premier niveau de subdivision des départements de 1790 à 1795. Supprimés en 1795, ils ont été remplacés par les arrondissements créés en 1800. Quierzy est alors rattaché à l'arrondissement de Laon, canton de Chauny. L'arrêté du 3 vendémiaire an X (25 septembre 1801) intègre Quierzy au canton de Coucy-le-Château, supprimé en 2015. Quierzy est alors rattaché au canton de Vic-sur-Aisne.

Il existe de nombreux écrits sur les fréquents séjours des rois mérovingiens et carolingiens, qui affectionnaient la campagne, sur leur "cher domaine", Carisiacum en latin, qui a donné Chérisy puis Quierzy, idéalement situé à la rencontre de l'Oise et de l'Ailette, défendant les abords de la résidence et permettant la pêche, au milieu de terres fertiles et de forêts giboyeuses, assurant approvisionnement et loisirs.

Les Mérovingiens

Le document le plus ancien mentionnant "Caraciaco" date de 605. Représentatif de l'époque, il a trait à l'assassinat de Protade, Maire du Palais de Bourgogne, qui permet d'éviter une des guerres fratricides (entre Théodebert d'Austrasie et Thierry de Bourgogne) qui marquent cette période.

On connaît ensuite, à partir de 660, plusieurs actes signés à Quierzy par les rois mérovingiens Clotaire III, Thierry III, Childebert III, Thierry IV, Childéric III et Charles-Martel, Maire du Palais.

Ce dernier acte, de 741, mentionne à son tour le "Palais de Quierzy". Le vainqueur de Poitiers (732) y meurt en octobre de la même année. Il existerait des monnaies frappées à Quierzy dès cette époque.

Les Carolingiens

C'est surtout de la période carolingienne que l'on possède de multiples écrits dans l'Histoire de France confirmant l'importance de Quierzy.

En janvier 754, Pépin le Bref reçoit le Pape Etienne II à Quierzy; il s'agit tout d'abord du premier déplacement d'un Pape en France, et c'est là que Pépin signe la donation faite au Pape de l'Exarchat de Ravenne, qui constitue l'acte de création des États Pontificaux, domaine temporel de la papauté, disparu en 1870.

En 754 toujours, Pépin célèbre la fête de Pâques à Quierzy et en 760, 761 et 764, entre deux campagnes militaires, Noël et Pâques, selon une tradition semble-t-il ancienne, qui fait présumer la naissance de Charlemagne à Quierzy le lundi de Pâques 2 avril 742 ... (Cf Abbé Carlet)

Charlemagne fait également de fréquents séjours à Quierzy où il signe un nombre important d'actes à partir de 773. Il y passe l'hiver 775, y célèbre Noël et Pâques. Il est encore à Quierzy en juin de la même année. Il y passe l'hiver 781, y célèbre Noël et Pâques.

En 804, Quierzy a l'honneur du principal séjour du Pape Léon III auprès de l'Empereur. Ils célèbrent là Noël ensemble, avant de se rendre à Aix-la-Chapelle fêter l'Épiphanie.

Louis le Pieux à son tour affectionne le Palais de Quierzy, il y signe plusieurs actes à partir d'octobre 820, alors qu'il passe là selon la coutume, l'automne à chasser avant d'y réunir une Assemblée à la fin de l'année. Il reçoit ses fils Pépin et Louis à Quierzy en 835 et s'y repose à la mi-carême.

En 838, l'Empereur réunit à Quierzy une importante Assemblée Générale, à laquelle assistent ses fils Pépin et Charles, ainsi qu'un Synode Général d'Evèques. C'est lors de cette Assemblée que Charles reçoit à l'age de 14 ans le Royaume d'Aquitaine.

Après la mort de son père, Charles le Chauve revient rapidement à Quierzy où il signe dès décembre 840 plusieurs actes et réunit une diète, Lothaire menaçant la Francia. En décembre 842, Charles convoque à nouveau les Grands du Royaume à Quierzy pour célébrer son mariage avec Hermantrude.

Plusieurs Conciles se tiennent à Quierzy en 849, 853, 857, 858, ainsi qu'un synode comprovincial en 855. En 852, Charles a passé l'hiver à Quierzy.

En mars 858, le roi rassemble ses grands vassaux à Quierzy avant de marcher contre les Normands. Charles est encore à Quierzy en août 860, en juillet 861, ... , pour Noël en 862 et 865, ... En 876, au retour de son couronnement à Rome, le roi de France revient à Quierzy.

Enfin, en juin 877, Charles le Chauve convoque une dernière assemblée avant de partir faire la guerre au delà des Alpes et signe le fameux Capitulaire de Quierzy.

Après sa mort au Mont-Cenis, la Reine Richilde, sa seconde épouse, se retire à Quierzy. Une nouvelle assemblée y a lieu en septembre 882.

Après 891, les Normands s'installent dans la région ; Quierzy et ses environs sont complètement détruits. Hugues Capet, qui préfèrera résider en ville, donne ses terres de Quierzy à l'Evêque de Noyon. Ce dernier y fait construire une forteresse pour se défendre du puissant seigneur de Coucy. 

Philippe Ier confirme la donation vers 1068. La terre passe ensuite aux mains des Chérisy, puis des Montmorency, des Roye, des Halluin, Brûlart et Bussy-Rabutin jusqu'à la révolution.

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La Capelette

Il existait encore au XIXe siècle rive gauche de l'ancien cours de l'Ailette des restes de murs qui permirent d'entreprendre des fouilles et d'identifier, les "fondations d'une ancienne église construite sur les ruines d'un ancien château mérovingien" (Bulletin Archéologique de Soissons, 1868). Capelette signifie petite chapelle.

Avec ces premiers éléments, de nouvelles fouilles sont entreprises en 1916 par l'archéologue allemand G. Weise à la recherche du palais de Charlemagne ...


Plan général des fouilles de 1916 (env. 130 m x 95 m)

Interrompues par les inondations puis la reconquête de Quierzy par les français en mars 1917, les fouiles confirment l'importance du site.

Il a tout d'abord existé à cet endroit une villa gallo-romaine du IVe siècle, qui correspond à l'implantation par les romains sur le déclin de colons (barbares infiltrés pacifiquement) pour défendre l'empire et cultiver le sol.

La villa gallo-romaine est généralement un ensemble en bois et torchis plus ou moins fortifié entouré d'une palissade et d'un fossé et regroupant dans une première cours les communs, les logements du personnel du domaine, la basse-cours et dans une seconde les greniers, les écuries et l'habitation du propriétaire. Les villae plus importantes sont dotées d'une forteresse ou d'une simple tour protégée par un fossé qui sert d'habitation. A proximité se trouvent des exploitations familiales plus petites dépendantes de la villa.

Au siècle suivant, lors des grandes invasions, les Francs constituent au nord de la Gaule un véritable royaume, qui à l'avènement de Clovis joint l'Oise au sud. Quierzy est sur la frontière et c'est sans doute à cette époque que la villa gallo-romaine fait place à une villa mérovingienne semble-t-il plus petite, fortifiée à la romaine avec donjon, palissade et fossé.

De ces greniers-forteresses, Clovis part à la conquête de la Gaule battant tout d'abord en juillet 486 Syagrius à Soissons, dont il fait sa capitale.

A la mort de Clovis en 511, le royaume est partagé entre ses fils, Quierzy est en Neustrie, sur la frontière avec l'Austrasie. La forteresse stratégique est certainement alors non seulement améliorée mais aussi fréquentée par les rois francs à la recherche de l'unité du royaume, sur les traces de Clovis ...

Cette construction est très tôt transformée en abbaye fortifiée (Monastère Saint-Remy de Quierzy ?).


Plan du Palais de Samoussy (env. 90 m x 60 m)
avec son fossé semi-circulaire semblable à celui de Quierzy
(d'après G. WEISE)

La Motte

Une nouvelle villa mérovingienne est édifiée plus près de l'Oise bien qu'il n'en soit fait mention qu'ultérieurement, en 709. C'est cette seconde villa qui va être agrandie pour devenir le palais de Charles Martel et de ses descendants Pépin le Bref, Charlemagne, Louis le Pieux, Charles le Chauve.

Selon "l'archéologue aérien" Roger Agache, Quierzy est parmi les grands palais du haut Moyen Âge le seul dont l'emplacement est discernable (voir photo).

Le palais carolingien est généralement établi au centre d'exploitations rurales plus petites et abrite une population de paysans, d'artisans, de clercs, de fonctionnaires dans des bâtiments plus ou moins grands. Il reçoit le roi et sa suite au gré des fêtes religieuses, des grandes chasses de printemps et d'automne, des assemblées générales ou des expéditions militaires. Il y eut également un atelier monétaire à Quierzy.

La demeure est séparées des bâtiments agricoles par un fossé ou un cours d'eau. A Quierzy, les  bras de l'Oise et de l'Ailette formaient idéalement plusieurs bras et donc autant d'enceintes. L'Ailette se jetait alors dans l'Oise à Quierzy et non à Manicamp comme aujourd'hui. Il fut ainsi possible d'établir à Quierzy un port sur l'Oise navigable.

Plusieurs ponts permettaient de franchir les différents cours d'eau. Sur celui de la Fosse-Barre, le bras nord de l'Oise, aujourd'hui à peu près recouvert par le Canal Latéral à l'Oise, passait la voie mérovingienne qui allait de Compiègne à Saint-Quentin, en suivant la rive gauche de l'Oise jusqu'à Quierzy, où elle traversait cette rivière, pour aller rejoindre la voie romaine de Soissons à Saint-Quentin.

Mais ces différents cours d'eau expliquent également les hésitations des historiens quant à la situation exacte du Palais de Quierzy et les revendications territoriales le concernant. Selon que l'on prend en effet l'un ou l'autre des bras de l'Oise et de l'Ailette pour le principal, le Palais se trouve sur la rive gauche ou sur la rive droite !

Or, la rive gauche de l'Oise appartenait au Soissonnais et l'autre au Noyonnais tandis que l'Ailette délimitait le Soissonnais du Laonnois. Ainsi, le palais de Quierzy pouvait appartenir au Noyonnais, au Soissonnais ou au Laonnois, et devenir terre de Neustrie ou Soissonnaise, ... propriété de l'Evêque de Noyon, réclamée par les Sires de Coucy une fois la région dévastée à la fin du IXe siècle par les Normands, qui se regroupent dans le port de Quierzy.

Abandonné par les rois, le Palais royal a fait place à une forteresse seigneuriale (de Chérisy)

On devine encore aujourd'hui rive droite de l'ancien cours de l'Ailette notamment un fossé semi-circulaire identique à celui du Palais de Samoussy.

Le château

Vue arrière du Château de Quierzy La tour Roland

L'actuel château de Quierzy a été rebâti au XVIe siècle à l'emplacement de la forteresse des Evêques de Noyon, actuelle rive droite de l'Oise. Il existe encore une tour visible à cet endroit.

 

Le prieuré

Situé au coeur du village actuel, le prieuré (Saint-Martin ?) s'élevait à l'origine à proximité du château carolingien. Ce prieuré était vide de religieux au XVIe siècle. Vendus en 1790, les bâtiments furent en partie détruits. L'église primitive qui existait encore au milieu du XIXe siècle, mais en mauvais état, fut remplacée entre 1855 et 1865 par une église néo-gothique, détruite au cours de la Première Guerre mondiale et reconstruite entre 1920 et 1930. De cet établissement religieux clunisien, il ne reste aujourd'hui que les ruines du logis prioral. Une tourelle en encorbellement du mur de clôture, protégée MH en 1928, a disparue depuis ... 

Les vestiges du logis prioral en totalité, les murs d'enclos incluant la base de l'ancienne tourelle d'angle disparue sont inscrits MH depuis 2007 au moment d'un projet de destruction soutenu par le maire de la commune, Olivier Timmerman !


                         


Plan de la villa mérovingienne du prieuré (G. Weise)


Aujourd'hui, une simple pierre au centre du village
rappelle la prestigieuse histoire de Quierzy.

 

Bibliographie sommaire

Melleville - Notice historique sur Quierzy ; Paris, Dumoulin. - In-8° de 3 f. 1/4 - 1853

Ferdinand Lot lien - Les jugements d'Aix et de Quierzy (28 avril et 6 septembre 838) - Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1921 - Volume 82 - Numéro 1 - pp. 281-315

Abbé Th. Carlet / Abbé N. Caillet - Annales de Quierzy - publiées en 1935 par le Comité Archéologique et Historique de Noyon (Ed. A. Baticle - Chauny). Merci à Alain Labruyère.
L'Abbé Carlet mentionne plusieurs notices sur le Palais Royal de Quierzy :
- Damien de Templeux, Description du Duché de Valois
- Hadrien de Valois, Notitia Galliarum
- Mabillon, Disquisitio de Carisiaco traduit en français par Bruzen de la Martinière, Grand Dictionnaire Géographique
- P. Christophe Labbé, Histoire Manuscrite de Chauny, 1715
- L'Abbé Carlier, Histoire du Duché de Valois
- L'Abbé Colliette, Mémoires pour le Vermandois
- M. Melleville, Historiographie du Département de l'Aisne, 1851
- M. Suin, Historiographie du Département de l'Aisne, 1849
- M. le Baron de la Fons-Melicocq, ?, vers 1855
- M. Peigné-Delacourt, ?
- M. Petit, renseignements fournis aux assises de la Société des Antiquaires de Picardie, en l856
- M. Poquet, Rapport à l'occasion d'une visite de la Société Soissonnaise à Manicamp et Quierzy

Jean-Claude Malsy - Quierzy : site royal en péril ? Revue archéologique de l'Oise - Année 1973 - Volume 3 - Numéro 1  p. 11

Georges Samson - Le Palais de Quierzy et les villas dépendantes de celui-ci du VIe au Xe siècle - publié vers 1973 par le Groupe Archéologique du Noyonnais

Kaiser Reinhold. Aspects de l'Histoire de la civitas suessionum et du diocèse de Soissons aux époques romaine et mérovingienne - Cahiers archéologiques de Picardie. N°1, 1974. pp. 115-122  (PDF 1,2 Mo)

Philippe Racinet -Les prieurés clunisiens en Picardie au Moyen Age et au XVIème siècle - Revue archéologique de Picardie - Année 1982 -Volume 4 - Numéro 1 - pp. 199-230

Georges Samson - Essai de datation du site carolingien de Quierzy-sur-Oise - Revue archéologique de Picardie - Année 1985 - Volume 1 - Numéro 1 -  pp. 132-136 (PDF 1,2 Mo)

Philippe Racinet - Bretigny, Quierzy et Notre-Dame-en-Faves : trois prieurés clunisiens au nord du diocèse de Soissons (XIIe-XVIe siècles) - Revue archéologique de Picardie lien Année 1989 - Volume 3 - Numéro 1 -  pp. 229-236

Pierre Riché - La vie quotidienne dans l'empire carolingien - Hachette 1973

François-Guillaume Lorrain - Quierzy, capitale de la France ‏- "Voyage en France : retour sur quelques lieux qui ont fait notre pays" Le Point 
     http://www.lepoint.fr/histoire/quierzy-capitale-de-la-france-1-28-02-2015-1908676_1615.php
     http://www.lepoint.fr/histoire/quierzy-capitale-de-la-france-2-01-03-2015-1908832_1615.php

Ce travail a été également réalisé grâce aux notes de mes grand-parents, qui furent respectivement Institutrice et Secrétaire de Mairie à Quierzy, aux recherches commencées par mon père, ...

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